Le paradigme du champion. Une approche de la décision

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Qu’est ce qui sépare un sportif de haut niveau d’un champion ? Sur quoi repose le plafond de verre séparant la première marche du podium de la deuxième ? Il y a de l’impalpable, bien sûr, quelque chose illustrant la fragilité du destin. Mais il y a aussi du concret, de l’observable.

Parmi les multiples réponses, retenons le pouvoir de décision. Schématiquement, la décision du champion est claire, nette, définitive. Sa décision est non négociable. L’engagement est total. Ce n’est pas « Je vais changer s’il se passe ça ou ça… ; Je vais changer quand il se passera ça ou ça… » C’est « Je vais changer, je le décide et je commence maintenant ». Il y a là une carte maîtresse de la réussite.

Le champion n’entrevoit que la victoire. La défaite n’est pas une option. Il n’y a pas de procrastination qui tienne, lorsqu’il est question de bonheur. Le champion ne se dit pas : « Et si je tombe, et si je perds, et si ça ne passe pas comme prévu ». Ces phrases récurrentes sont autant de poisons que la personne qui les tient s’injecte en intraveineuse. Les scénarios négatifs sont armés de lames : ils te coupent les jambes et les ailes, alors que tu veux courir et voler vers tes objectifs.

Le champion promet, comme beaucoup, et il tient ses promesses, comme assez peu de personnes. Il dit : « Je décide de m’investir à fond, je vais faire tout mon possible pour atteindre mon objectif ». Et il le fait ! La décision est un préalable à l’action.

L’instant de décision ressemble à un rond-point. Pour éviter tout accident, l’automobiliste accélère clairement ou attend son tour. Il  n’y a pas d’entre-deux. Maître Yoda enseigne : « Non, n’essaye pas. Fais-le ou ne le fait pas ».

Cette approche à quelque chose de catégorique qui, d’emblée, semble assez peu adaptée à des personnes hypersensibles. Pensez-vous, une seule seconde, qu’un champion n’est pas, par essence, un être hypersensible ? Sauf qu’il réussit à faire une coupe franche dans les « et si… ». La réussite est son horizon. La réussite est son paradigme. Un paradigme, c’est une représentation du monde, une chose que l’on tient pour vraie, et que l’on ne remet pas en cause en se levant le matin.

Le terme « coaching » est issu de l’univers sportif. Le sportif a donc peut-être quelque message à délivrer à celui qui veut devenir le champion de sa propre vie, quel que soit son activité, quel que soit son objectif ou son terrain de jeu.

Cette approche a au moins le mérite de poser un cadre clair, et de mettre la personne face à ses responsabilités. Le changement vise un épanouissement plus grand.

Le changement, c’est peut-être d’abord et avant tout une décision.

Matthieu&Laetitia

De l’utilité des rêves. Qui a-t-il, au fond, de plus rationnel que le rêve ?

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Au préalable, convoquons une précaution oratoire, ou plutôt scripturale. Les sémiologues – et les adeptes du marketing, entres autres – le savent bien, les mots emprisonnent une réalité, et orientent la perception de l’auditeur. Les expressions « bas de gamme » et « entrée de gamme » désignent scrupuleusement la même réalité et pourtant, elles n’auront pas le même impact sur l’esprit de celui qui les entend. Il en est de même, par exemple, du mot « licenciement » qui tend à être remplacé par « ajustement de personnel ». L’expression, sensée adoucir l’épreuve vécue, souligne le pouvoir des mots.

Dans le même esprit, le terme « rêve » possède, lui aussi, plusieurs facettes, dont les antipodes sont la chimère enrichie d’utopie, d’un côté, et, de l’autre, l’idéal à incarner. Ici, on entend par rêve, ce qui vous anime tout au fond, ce que le temps et les blessures n’ont pas réussi à détruire, quelque chose de l’ordre de la vocation ou de la mission de vie. Par rêve, on entend donc ce qui vous emporte, ce qui vous entraîne, ce qui vous stimule, ce qui vous passionne, tout ce qui fait battre votre cœur un peu plus fort. Hegel ne disait-il pas : « Rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion » !?

A contrario, nous n’entendons pas l’illusion chimérique, cette fabrication de l’esprit qui relève de l’auto-sabotage, et qui, par essence, crée les conditions de l’échec. Pour faire simple : l’objectif-rêve est perçu comme inatteignable, et l’impossibilité légitime le non-engagement, de manière consciente ou inconsciente.

Revenons au rêve, au sens de ce qui renseigne sur ce pour quoi vous êtes faits. Ce rêve a beau être palpitant, enthousiasmant, il n’est, pour autant, pas toujours simple à suivre, ce qui est peut-être une autre manière de dire qu’il n’est pas toujours simple de suivre son intuition. A cela, il existe nombre de raisons. Il y a souvent le besoin de conformité au regard social, à faire non pas ce pour quoi on est fait, mais ce que l’autre attend de nous. Quelque chose de l’ordre de la sécurité est alors probablement en jeu. Et puis, il peut y avoir quantité de petites voix qui crient, en nous, à gorges déployées, ou alors qui murmurent, comme si elles nous confiaient un secret. Ces voix peuvent nous demander, ou nous sommer, d’être des « personnes sérieuses », pour reprendre la formule qu’Antoine de Saint Exupéry met dans la bouche du Petit Prince. Qui dit sérieux dit sécurité, souvent, mais aussi, probablement, dans bien des cas, ennui et lassitude.

Sécurité, le mot est lâché. Peut-être fait-il un bruit de fracas ? Au nom de ma sécurité, suis-je prêt à renoncer à mon épanouissement, à mon bonheur, à ce pourquoi je suis fait ? Le bonheur implique un chemin, avec sa part d’inconnu mêlée de risque.

Là encore, les mots, et les nuances qu’ils peuvent suggérer, sont importants. Ainsi, prendre des risques, n’induit pas nécessairement de prendre des risques démesurés. D’ailleurs, pour faire écho à notre préambule, peut-être que le mot « risque » est, dans une certaine mesure, une vue de l’esprit en même temps qu’un élément rhétorique.

En effet, la perception d’un risque n’induit pas obligatoirement une menace réelle. Il n’est pas interdit de penser que fabriquer, parfois inconsciemment, un risque, est un moyen redoutablement efficace pour justifier une inaction et un maintien dans ce qu’il est convenu d’appeler une « zone de confort ». A bien y regarder, cette zone n’a parfois de confort, que le nom.

Un autre point de vue peut suggérer que prendre des risques, au bon sens du terme, c’est aussi une manière de se sentir vivant, d’avancer sur un chemin significatif tant il est relié à un projet porteur.

La question est alors : Pourquoi certaines personnes, animées de vifs élans intérieurs, sont-elles incapables de leur donner vie ? La réponse, comme souvent, se situe probablement, en grande partie, au niveau émotionnel.

Les neurosciences nous apprennent que, schématiquement, un comportement humain est dû, à 95%, au ressenti émotionnel. Par effet de vases communicants, le cortex cérébral influerait donc seulement sur 5%. Il y a dans cet affrontement entre la logique et l’émotion un combat bien souvent inégal, quelque chose d’un cornac essayant de dompter un troupeau d’éléphants.

Autrement dit, dans certains cas, le cerveau humain est une formidable machine pour empêcher d’agir. Il peut distiller des phrases ressemblant à celles-ci : « Contente-toi de ce que tu as », « Ce que tu as, c’est déjà très bien », « Regarde les autres, tout le monde n’a pas ta chance », « Ce que tu as, c’est peut-être peu, du moins pas autant que ce que tu espères, mais peut-être que tu espères trop. Et puis ce que tu as, tu l’as vraiment, tu le possèdes, c’est concret. Ce que tu n’as pas encore, ce à quoi tu aspires, soyons fou, parlons de ce dont tu rêves, peut-être que tu ne l’atteindras jamais ». En clair, « le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle ». A ce propos, le cerveau entend mal la négation. Pour s’en convaincre, vous qui lisez ces lignes, ne pensez pas à un ours polaire déambulant en short fuchsia sur une plage de sable fin.

Le cerveau, donc, entend assez mal la négation, et parfois aussi les nuances. Donc la phrase, in fine, peut insidieusement se transformer : « Le jeu n’en vaut pas la chandelle, c’est sûr. Comment ai-je pu y croire ? ».

Derrière ce dialogue intérieur, qui n’est pas une fatalité, il y a probablement quelque chose ressemblant à un manque de confiance, en soi et dans la vie. Si la personne avait davantage confiance en elle, si elle avait davantage sa sécurité à l’intérieur, quel regard porterait-elle sur ses grands rêves ? Il n’est pas interdit de penser que ses grands rêves ne soient plus perçus comme des illusions aussi chimériques qu’évanescentes, mais comme des enthousiasmes spontanés reflétant quelque chose d’une mission de vie.

Pour embrasser ce changement de paradigme, cette révolution copernicienne, sans doute faut-il, parfois, identifier quelques verrous intérieurs et délier quelques nœuds émotionnels. C’est peut-être à ce prix que le rêve sera appréhendé comme un projet concret fixant un cap et ouvrant le champ des possibles.

Il y a dans les rêves, dans ce qui vous anime tout au fond, dans ce qui fait vibrer votre cœur profond, une énergie aussi belle qu’inépuisable. Se dressera peut-être sur vos chemins des obstacles, mais peut-être auriez-vous alors toute l’énergie du monde pour les dépasser. Justement parce que ce chemin n’a pas été tracer par quelqu’un d’autre, mais par vous, et pour vous.

Nous pourrions multiplier, jusqu’à l’excès, les exemples donnant à penser qu’il y a dans la poursuite d’un grand objectif, que d’aucuns nommeront rêve, l’un des ressorts majeurs alimentant les eaux de la résilience. Limitons-nous à deux. Walt Dysney a été remercié du journal dans lequel il travaillait, pour manque de créativité. Charles Aznavour, à ses débuts, s’est entendu répéter : « Tu n’as ni le physique, ni la voix pour faire carrière ». Croire en ses rêves profonds est une merveilleuse façon de déjouer les pronostics. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », écrivait joliment Mark Twain.

« Fait ce qui te plaît et tu ne travailleras pas un jour de ta vie », disait Confucius, qui ne disait peut-être pas que des bêtises. « Travail », ici, est à entendre au sens de « tripalium », cet instrument de torture utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles.

En clair et en couleurs, le rêve sécrète une énergie vitale donnant force et courage. A l’aune de cette référence, si suivre la piste de ses rêves est quelque chose qui risque de nous rendre plus heureux, alors, oui, il n’y a peut-être pas plus rationnel que nos rêves.

Matthieu&Laetitia

Et si c’était maintenant ? A la rencontre du cœur profond.

Et si c’était maintenant ? Pas demain. Pas dans une heure. Là, maintenant, tout de suite, dans l’instant. Et s’il était urgent d’être heureux. Pas de procrastination à l’égard de l’épanouissement. Le bonheur profond n’est pas exactement un dossier de plus à trier.

Se pose alors la question : Comment se connecter au cœur profond ? Comment connaître ses envies et ses besoins les plus ardents ? Certains ont la réponse, d’autres moins. D’autres, encore, ne l’ont pas du tout. Dans ce cas de figure, la volonté, seule, n’est peut-être pas toujours suffisante. Il y a le fait de vouloir savoir, et la connaissance, en elle-même.

Ici, proposons une approche pour essayer d’atteindre le cœur profond, siège des envies qui nous rendrons heureux. Ce chemin, qui se veut chemin d’épanouissement, comporte 3 grandes balises : se comprendre, s’accepter et, enfin, participer à créer les conditions d’un monde dans lequel on puisse vivre.

Se connaitre implique de saisir ses mécanismes. Un mécanisme est souvent défensif, étant une réponse à un choc traumatique. Qui, dès sa plus tendre enfance, n’a pas été blessé par une chose ou par une autre ? Ce traumatisme sécrète une émotion, émotion qui contribuera à colorer la personnalité de l’individu. Cette émotion entre souvent insidieusement, comme par effraction, dans le cœur et l’esprit humains. Autrement dit, elle est là, et la personne qui la possède n’en a pas toujours conscience. Cette émotion génère une adaptation, puisqu’il faut bien survivre. Puisque la personne s’adapte, elle devient, symboliquement, autre chose qu’elle-même. Se développe alors ce que l’on appelle parfois un faux-self. En conséquence, peut se creuser un décalage entre la personne que nous sommes vraiment, tout au fond, et la personne que nous sommes devenus. Ce décalage, qui peut parfois de faire écartèlement, peut donner naissance à de vives souffrances. Qui suis-je ? Où est le sens de ma vie ?

Intervient ici la deuxième phase : l’acceptation. J’accepte qui je suis devenu. Je pose un autre regard sur mon passé. Je me déshabille le cœur de tout sentiment de culpabilité. Je pardonne au maximum à ceux qui m’ont fait du mal, et ce parfois, ou souvent, de manière involontaire. Je pensais que tel ou tel élément de mon passé était un fardeau. Je pensais que c’était un caillou, et si c’était une graine ? Une graine qui ne demandait qu’une terre fertile pour s’enraciner, éclore, jeter des bourgeons et du parfum.

Entre ici en jeu la troisième étape : créer les conditions d’un monde dans lequel je puisse vivre. En d’autres termes, quel est mon terreau fertile ? Où est cet horizon où pourra s’exprimer mon unicité ? Ce champ des possibles, de manière peut-être contre-intuitive, est probablement à rechercher du côté de la blessure. « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière », disait joliment Michel Audiard. Et s’il y avait là, dans le problème originel, bien des éléments de réponse renseignant sur le sens de ma vie.

Comment, à l’âge adulte, aller reconquérir son cœur profond, sorte de métaphore de la vocation ? Peut-être faut-il se reconnecter à ses souvenirs d’enfance, lorsque flottait l’enivrant parfum de l’insouciance, lorsque tout, ou presque, était possible. Après tout, certains l’ont fait, justement parce qu’il ne savait pas que c’était impossible, pour paraphraser Mark Twain.

Prenons le cas d’un enfant ayant la passion de la musique. Ecouter une mélodie fait frémir jusqu’à son âme. Combien de fois a-t-il vu danser les notes devant lui, dans une sorte de poésie en mouvement ? Pour lui, la musique décrit l’indicible, l’au-delà des mots, quelque chose de la grâce. C’est à son contact qu’il se sent vivant. Il n’aime rien tant que de faire glisser ses doigts de fée sur les cordes chantantes de sa harpe de bois.

Lorsque cet enfant s’épanche quelque peu sur son grand rêve de devenir musicien, la réponse de son entourage – souvent bien intentionné – est unanime : « On ne peut pas vivre de la musique. Etre musicien, c’est connaître une vie instable. Le soir, en rentrant du travail, tu auras tout le loisir de faire jouer tes mains ». S’enclenche ici un jeu de contraste : l’enfant rêve en grand et veut vivre de la musique, et les grandes personnes emprisonnent ce rêve dans une voie de garage.

L’enfant grandit et se construit avec l’idée que son rêve n’est pas autre chose qu’une étoile inaccessible. « Il faut être sérieux, travailler comme tout le monde », « être une grande personne » pour reprendre les mots du Petit Prince. C’est-à-dire dompter ses passions, jusqu’à les éteindre. Le venin de la résignation apprise coule alors dans les veines.

Et puis, un beau jour – oui, parce qu’il n’est pas dénué de beauté, ce jour –, un ressort intérieur s’active avec la force d’un volcan au réveil. Cette vie que je mène – ou peut-être est-ce d’ailleurs cette vie qui me mène, et par le bout du nez –, toujours est-il que cette vie, ce n’est pas la mienne, mais celle de mon double, qui a été construit à grands coups de pesanteur sociale. Cette prise de conscience sonne l’heure du réveil. Là, maintenant, tout de suite, dans l’instant, je veux être heureux. Et cette volonté est si légitime. Et si c’était maintenant ? Je veux que mes rêves d’enfant soient mes rêves et mes concrétisations d’adulte. Après tout, aimer la musique jusqu’à vouloir en vivre, certains l’ont déjà fait. Et si je ne voulais pas être heureux juste quelques heures par semaine, après le travail ?

La musique ne désigne pas autre chose que cet élément, pour reprendre le mot de Ken Robinson, où se croisent la passion et le talent, et qui trace les contours du terrain de « je ». Combien de grands dirigeants américains affirment que leur réussite est aussi dû au fait qu’ils ont persévéré dans la poursuite de leur grand rêve ?

Les obstacles les plus ancrés sont souvent ceux que l’on se fixe soi-même. Mille étapes intermédiaires peuvent me rapprocher de mon objectif. Mille étapes peuvent se faire en un jour comme en 10 ans. Sur ce chemin, il y aura des obstacles, mais gageons que l’aventurier qui ose franchir le premier pas aura toute l’énergie du monde pour les dépasser. Et, puisqu’il y a dans ce mouvement quelque chose de la vocation, peut-être qu’un certain nombre d’obstacles se feront tremplins.

Et s’il n’y avait rien de plus rationnel au fond, que de suivre ses rêves ?

Matthieu&Laetitia

L’histoire des gros et des petits cailloux.

gros et petit cailloux

La nouvelle année, date symbolique s’il en est, offre souvent l’occasion d’envisager de nouvelles résolutions. Voici une expérience invitant à transformer les belles promesses en jolies concrétisations.

Un jour, un vieux professeur est invité dans une école d’administration afin de participer à une formation dédiée à la gestion du temps. Pour délivrer son message, il dispose seulement d’une heure. Confronté à l’ampleur du défi – être efficace en si peu de temps –, il trouve une solution originale. Il se place derrière son bureau et s’apprête à raconter une histoire.

Pour commencer, il sort, de dessous le bureau, un grand bocal en verre transparent. Sans dire un mot, il y place, jusqu’à ras-bord, des gros cailloux. Il demande alors aux étudiants si le vase est rempli. La réponse est unanime : « oui, le vase est rempli ». Le vieux professeur poursuit son histoire. Et, en l’occurrence, sa chanson de gestes. Il dispose désormais des graviers à l’intérieur du bocal. Et ces graviers entrent sans peine dans les trous laissés par les gros cailloux. « Cette fois, le pot est-il plein ? » demanda-t-il à son public. Certains répondent oui, d’autres sont dubitatifs, et d’autres encore répondent qu’il est probablement possible de remplir davantage la boîte. C’est alors que l’enseignant sort, non pas de son chapeau, mais une nouvelle fois de dessous la table, du sable qu’il saupoudre sur le pot, et qui s’infiltre sans mal à l’intérieur des petites interstices. Il repose la même question : « Le pot est-il plein ? ». C’est le moment que choisi le vieux professeur pour s’emparer d’une bouteille d’eau, et pour la vider jusqu’à remplir totalement le pot.
Quel est la morale, le message délivré par cette histoire ?
Les gros cailloux sont des pierres précieuses. Ils symbolisent ce qui nous tient vraiment à cœur, ce qui a le plus de prix à nos yeux, ce qui sont de cette richesse qui ne s’achète pas. L’eau reflète l’écume, le futile, l’accessoire, le superficiel. Entre ces deux extrêmes, il y a le gravier et le sable, c’est-à-dire tout ce qui représente plus ou moins de valeur.
Pour reprendre l’image du vase qui se remplit, si l’on commence par y déposer l’eau, le gravier ou le sable, alors il n’y aura plus assez de place pour nos trésors les plus précieux.

A l’instar de ce qu’a réalisé le vieux professeur, l’idée est de placer dans notre agenda nos priorités les plus profondes, les plus fondamentales, toutes celles qui font battre notre cœur un peu plus fort, toutes celles qui fleurissent sur notre chemin d’épanouissement. Se concentrer sur l’essentiel – essenCiel – implique de renoncer à ce qui est futile, ou alors de le laisser en marge de notre vie, c’est-à-dire à sa place.

Chacun ses priorités, celles qui plongent leurs racines dans les profondeurs, jusqu’au cœur de notre cœur.

C’est peut-être à ce prix que nos résolutions qui n’en ont pas, de prix, seront tenues, parce qu’elles seront fermes, bâties sur le roc. Fermes, oui, mais douces à la fois.

Matthieu&Laetitia

Quelques pistes pour bien vivre sa rentrée

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Quitter l’été, est-ce nécessairement rentrer en hiver ? La question, bien qu’elle ait le défaut d’être trop manichéenne, dit probablement quelque chose de ce que vive nombre de Français, à l’instant où commence à flotter comme un parfum d’automne. L’air de la mer ou de la montagne a sans doute apporté avec lui un vent de légèreté en même temps qu’un dépaysement. Et commence à émerger, à l’horizon, comme un effet de contraste. Et ce d’autant plus si l’on considère les profils atypiques, dotés d’une hypersensibilité.

A l’heure où sonne la rentrée, peut se profiler, dans l’esprit de certains, des idées moins éclatantes que le soleil estival : la routine et son frère, l’ennui, mais aussi la suradaptation façon caméléon, ou la pression, et pas uniquement celle qui remplit les verres, mais davantage celle qui remplit les cerveaux ou les cœurs.

Il y a mille et une façon d’appréhender et de vivre sa rentrée, qu’elle soit des classes, professionnelle ou sociale. Certes, mais il semble qu’une tendance se dégage : rentrer, c’est souvent rentrer dans une boîte, ou l’on fait parfois parti des meubles, une boîte remplie de cadres et de codes. De ces termes, émane l’idée d’une géométrie diffusant l’impression d’une rigueur mathématique.

Dans ces conditions, quid des profils atypiques qui, par définition, sont hors normes, ce qui ne veut pas dire autre chose qu’ils sont, par essence, hors des normes ? Dès lors, comment vivre sa différence et son hypersensibilité, dans un univers abondement régi par des normes construites par d’autres pour une sorte de profil standard ?

C’est toute la question, qui contient un défi de grande ampleur, mais loin d’être insurmontable. Autrement dit, comment faire que ce mois de septembre, ce neuvième mois, accouche d’un renouveau ?

Un angle d’attaque est de dresser le bilan de l’année précédente, et ainsi d’identifier les aspects positifs et ceux qui sont à améliorer. Jouer sur ces deux dimensions peut déclencher un coefficient multiplicateur. Pour cela, une solution consiste à augmenter de 10% les aspects positifs et ceux à améliorer.

Par exemple, une bonne entente avec vos collègues peut se traduire par une volonté de consolider les liens par des repas en commun le midi, des travaux d’équipe plus fréquents ou un temps de sport par mois.

Au contraire, si vous avez tendance à être gagné par l’ennui ou le stress, cette année peut être un temps pour vous reconnecter à un projet professionnel qui vous enthousiasmait et auquel vous avez été contraint de renoncer. Il peut alors être pertinent – et énergisant – de se former en parallèle.

Cette perspective nécessite de se connaître, de se respecter, de se faire respecter, aussi – donc de savoir dire non –, d’être force de proposition, de se préserver des espaces-ressources, de trouver le juste équilibre entre s’engager et se protéger, de cultiver son émerveillement comme un jardin secret, de peaufiner des projets comme celui de monter en grade, de changer de secteur ou de créer son entreprise.

L’idée est alors d’être co-créateur du scénario de sa vie en participant à créer les conditions d’une vie qui vous corresponde. L’épanouissement devrait être le gâteau, et non pas la cerise – hypothétique – posée sur une part de gâteau bien fade. Ici, le gâteau symbolise la structure de la vie. Et, si l’on se nourrit constamment de cerises, le risque est de n’être pas rassasié en profondeur. Encore une fois, l’idée est bien se connaître, ne serait-ce que pour savoir la part de sécurité et de changement dont vous avez besoin. L’équilibre est une quête en même temps qu’un défi.

Voici, pêle-mêle, quelques pistes de réflexion :

  • Bien dormir pour se lever du bon pied et prendre les bonnes décisions ;
  • Prendre 5 minutes de relaxation chaque matin ;
  • S’organiser en vue d’optimiser son temps : temps de déjeuner, de traitement des mails, appels téléphonique,… ;
  • Identifier ses priorités, ses besoins : si je veux passer ceinture noire de judo, peut-être dois-je passer de 2 à 3 entraînements hebdomadaires. Ce qui revient à se donner les moyens d’atteindre ses objectifs.
  • Veiller à son besoin de stimulation intellectuelle : rencontres, formations, lecture…
  • Se ménager des espaces-ressources : famille, amis, sport, nature, activités artistiques…

L’objectif est d’éviter que septembre soit un mois « doute ». La douceur de l’été indien n’existe pas uniquement au Canada ou dans les chansons…

Matthieu&Laetitia

Le changement et la routine (cycle d’Hudson)

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Le mouvement, c’est la vie. Pour l’Homme, le changement relève donc d’une impérieuse nécessité. Après, tout est une question de timing, de dosage et de nuance.

D’après Frédéric Hudson, professeur à l’université de Columbia et considéré comme l’un des pères du coaching, le changement s’apparente à un cycle que chacun peut vivre plusieurs fois. Il peut toucher à tous les domaines de vie (famille, couple, travail, loisirs, développement personnel et vie sociale).

Ce cycle comprend 4 phases, comme autant de saisons.

• Le printemps : phase de lancement, énergie haute positive (joie), découverte, apprentissage.

Puis, se déploie une phase de plateau (l’été), caractérisée par une vitesse de croisière, comparable à l’état de flow. Demeurer dans cette dynamique positive exige de recourir à un pourcentage de nouveauté par mois, et par an.

Pour un zèbre, il n’est pas rare que ce taux – propre à chacun – atteigne 40 voire 60%.

• L’automne : phase de déclin, énergie haute négative (colère). L’heure est fréquemment aux conflits et aux revendications. Pour un zèbre, cette pente est d’autant plus rapide et brutale qu’elle s’accompagne d’un vif sentiment d’ennui, résultant d’activités monotones.

• L’hiver : phase de désengagement, marasme, basse énergie négative (tristesse, peur), besoin de temps, de se poser les bonnes questions, celles du sens de nos actes. Pour certains, cette saison est associée à un besoin de solitude, à un besoin de prendre soin de soi et de ressourcement. Le zèbre est alors plus sensible à la suradaptation ou à la fuite. Les grandes questions métaphysiques pointent et peuvent envahir la tête et le cœur. Survient une dette de nouveautés, comme une dette d’oxygène ; la combler est vital.

Le soutien de personnes de confiance s’avère un puissant allié pour lutter contre le burnout. Il aide à ce que les questions existentielles aient les « bonnes » réponses pour acter un changement concret et significatif.

 La marche vers le printemps : phase de préparation du renouveau, basse énergie positive (espoir). Le moment est aux tests, aux nouvelles expériences, à l’exploration. Le vent souffle de (re)nouveau, et dans le dos. On réapprend à vivre, et bien vivre ; on reprend goût à la vie. Flotte dans l’air comme un parfum de printemps. Le champs des possibles se déploie, et déploie ses charmes.

Un nouveau projet est une inépuisable source de motivation. L’époque est à la stimulation, à l’attribution de sens et à la prise de conscience.

En conclusion, il est essentiel d’observer quel est votre temps moyen avant le jaillissement de l’ennui. A partir de combien de temps avez-vous besoin d’un changement dans votre travail, par exemple ? 6 mois, 1 an, 3 ans, 5 ans ?

En effet, si vous avez besoin de 40% de changement au bout d’un an pour rester sur le plateau positif et dynamique de l’existence, vous allez anticiper et réfléchir à ce changement nécessaire et ainsi éviter de partir dans une phase de déclin. Surtout si vous êtes dans un job que vous aimez. Une logique similaire s’applique dans le cas d’une relation que vous souhaitez durable.

Classiquement, pour le zèbre, la routine génère de l’ennui. Il lui est donc profitable de se connaître pour anticiper et prévenir les assauts de la lassitude. Adopter une telle démarche implique d’être proactif, c’est-à-dire de prendre sa vie en main pour se mettre en chemin vers une destination souhaitée, et non subie. Le mouvement, c’est la vie.

Matthieu&Laëtitia

Qu’est-ce « conforme » à l’école ? Une approche particulière de la note.

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S’intéresser à ce « conforme » à l’Ecole, c’est aussi, par extension, s’intéresser à ce qu’elle ne forme pas, ou peu.

A l’Ecole, donc, on ne valorise pas particulièrement la créativité, la sensibilité ou l’indépendance. Sortant des cadres classiques, ces qualités ne sont pas mesurables, pas objectivables. En clair, la différence n’est pas facilement compatible avec une approche standardisée de l’élève. Comme un symbole de cette philosophie, le lieu de formation des enseignants s’est longtemps appelé « Ecole normale ». Aujourd’hui encore, l’Ecole Normale Supérieure n’est-elle pas perçue comme un sommet de l’intelligence à la française ?

Les royaumes, par excellence, de la norme, ce sont la note et sa sœur, la moyenne. Et de moyenne à moyen, il n’y a qu’un pas et deux lettres. La norme scolaire, c’est aussi « bus-devoir-dodo », qui prépare au trop fameux « métro-boulot-dodo ». Cet angle de vue n’est probablement pas la meilleure option pour que les différences du zèbre soient optimisées, transformées en véritables forces, pour lui et la société… Dans l’esprit, l’Ecole forme donc essentiellement des employés modèles et des fonctionnaires, dont certains continueront d’avoir tendance à ranger leurs affaires cinq minutes avant la sonnerie…

Depuis la rentrée de septembre 2016, sont menées, dans certaines écoles, des expériences où l’on remplace la note par des couleurs, afin de ne pas stigmatiser l’élève en difficulté.

Or, le problème n’est pas celui de la note, mais celui de l’enseignement qui ne prend pas assez en compte les spécificités de l’élève. Entendons-nous bien, notre intention, ici, n’est absolument pas de condamner le métier de professeur, qui relève d’une sorte de vocation. L’idée est de constater que le système actuel, né de la révolution industrielle, et donc du désir de standardisation, ne produit pas les effets escomptés. Dans les faits, il semble que ce soit à l’élève de s’adapter à l’institution scolaire, et non l’inverse. De même, c’est de plus en plus à la nature de s’adapter aux exigences humaines…

Engager un virage à 180° impliquerait de profondes évolutions. Mais, les transformations ne sont pas impossibles, en atteste, par exemple, la réussite de Céline Alvarez, qui s’appuie sur la pédagogie Montessori.

L’enseignement « classique » n’étant pas pleinement adapté aux publics auquel il s’adresse, certains élèves éprouvent de la déception, voire du dégoût, à l’égard des apprentissages scolaires. Cette démotivation peut se traduire par un manque de travail. Ce phénomène, qui risque d’enclencher une dynamique négative, aboutit à la sanction d’un mauvais résultat.

Il y a alors fort à parier qu’à la question de savoir pourquoi il va à l’école, l’élève en échec réponde « parce que je suis obligé ». A l’âge adulte, à la question de savoir pourquoi il travaille, il n’est pas interdit de penser qu’il répondera « parce que je dois payer mes factures ». Il y a peut-être un meilleur projet individuel et social…

Si l’on essaie de remettre les choses à l’endroit, voilà ce à quoi nous pourrions aboutir. L’enseignant surfe sur le désir d’apprendre de l’enfant – qui lui est naturel ; un enfant peut s’émerveiller des heures en explorant la nature –, afin de le stimuler. L’enfant est un joueur dans l’âme. Toute aventure lui procure une perfusion d’enthousiasme. L’enfant heureux de jouer a naturellement envie d’en faire plus, et d’en faire mieux. Il a tout aussi naturellement envie d’avoir un score, afin de le dépasser ultérieurement.

Imaginez un instant un groupe de garçons improvisant un match de football, enlevant leur manteau malgré le froid de l’hiver pour délimiter un terrain de fortune, et ne se souciant pas de compter les buts, pour couronner un vainqueur. Envisager cette scène requiert une imagination débordante.

Pour l’enfant, apprendre est un jeu. Et le jeu appelle souvent un score, qui n’est pas une sanction tombant comme un couperet, mais une stimulation, une invitation à progresser et à se dépasser. Un enfant peut répéter inlassablement un ouvrage qui lui plait, mais pas une tâche qui lui « déplaie »…

En somme, à l’école, ce n’est pas la note, en soi, qui pose problème, mais la philosophie qui lui est associée.

En matière d’éducation, une révolution copernicienne engendrant un changement de paradigme, loin d’être une lubie d’un savant fou ou d’un apprenti sorcier, peut être un  chemin d’excellence.

Matthieu&Laetitia

Journée de la femme, une question d’actualité et d’égalité ?

C’est aux Etats-Unis, le 28 février 1909, qu’est lancée la première Journée nationale de la femme (« National Woman’s Day »), à l’initiative du Parti socialiste. En 1911, cet évènement devient international. Et il faut attendre 1977 pour que les Nations Unies officialisent cette journée.

Quelles sont les revendications ? L’égalité des sexes et, ce faisant, le droit des femmes, notamment le droit de travailler.

Emerge alors une seconde question : qu’est-ce que l’égalité ? Et une autre, dans son sillage, l’homme et la femme sont-ils égaux ? La question ne contient-elle pas, en creux, une escroquerie intellectuelle ? Car elle sous-tend l’idée que tous les hommes sont égaux.

Si tous les hommes étaient égaux, nous courrions tous 9’58’’ au 100m et, de fait, il n’y aurait pas de finale olympique. Dans la nature non plus, il n’existe pas d’égalité : le poisson nage et l’oiseau vole. Certains nagent plus vite, d’autres volent moins vite, même au sein de la même espèce.

L’égalité, au sens strict, peut être définie comme l’état de deux choses égales, c’est-à-dire possédant des caractéristiques identiques (âge, taille…). En ce sens, l’égalité absolue se nommerait identité. Or, l’identité – ce qui est identique, pas ce qui est ressemblant – n’existe nulle part, ni dans la faune, ni dans la flore, ni dans la nature humaine. Des tendances se dessinent, mais une tendance, aussi forte soit-elle, n’accouche pas d’une vérité absolue. Ainsi, nous comprenons que le mot le plus adapté pour parler des hommes, des femmes, et des hommes et des femmes, est celui d’équivalence.

Il induit l’idée d’une même valeur, d’une même dignité. Qu’est-ce que la valeur, au juste ? N’est-ce pas, au fond, se sentir aimé pour ce que l’on est, sans avoir besoin de recourir à des artifices, qui sont autant de gains marginaux qui ne comblent pas nos besoins essentiels et notre soif d’idéal ?

Matthieu&Laetitia

Coup de foudre dans le cœur d’un zèbre

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La scène se déroule dans les cieux. Là-haut, tout là-haut, Cupidon, posé sur son nuage d’albâtre, plonge sa main dans son carquois, bande son arc et décoche une flèche. Une flèche qui vise le cœur, et atteint sa cible. Une flèche comme un éclair. Un coup de tonnerre. Un coup de foudre. Un coup d’éclat. Un coup d’Amour. Un coup de « Je t’aime ».

Le coup de foudre ne voyage pas en carrosse. L’image est belle, romanesque, mais elle a un défaut, sa lenteur. La foudre tombe à la vitesse de l’éclair. La célérité trace un parallèle avec le zèbre qui, lorsqu’il réussit à lâcher ses freins, peut aller à la vitesse du vent, un jour de tempête. Le zèbre ne voyage pas à dos d’âne, mais de météorite. Il est, en quelque sorte, rapide dans sa tête, et dans son cœur.

Pensez au câblage du zèbre induisant une rapidité cérébrale supersonique. Y ajoutez son hypersensibilité. L’opération revient à verser des nitrites dans le chaudron de la glycérine. Votre cœur fait boum ! Ce qui prouve qu’il bat !

L’hypersensibilité lui fait capter les émotions dans l’instant, et les lui fait vivre de manière décuplée ; ce qui le prédispose, sans doute, au coup de foudre, où se marient l’électricité et la grâce.

Pour le zèbre, un battement d’aile de papillon fait l’effet d’une tornade. Imaginez-vous ce que, chez lui, peut provoquer un cyclone ! Son cœur hypertrophié est un terreau fertile pour que s’y épanouisse l’expérience de cette décharge émotionnelle.

Etant particulièrement spirituel, le zèbre peut y voir, plus que d’autres, un signe mystique, et ainsi capter la grâce de ce moment, de ce mouvement.

La raison est hors du champ d’action de ce kaïros ; c’est un temps dédié à la passion. Bien que l’instant soit éphémère, l’on peut en récolter les fruits tout au long de l’existence. Le sentiment amoureux peut ne jamais finir de se déployer, à condition d’être entretenu.

Les films ou les romans d’amour aiment s’attarder sur cette étincelle originelle, ou sur les fins tragiques des histoires qui se terminent mal, et qui laissent un goût de cendre. La vie conjugale, au jour le jour, est rarement approfondie. Liberté aux couples de zèbres de ne pas renoncer à leur idéal, et de faire de chaque instant, une éternité d’amour. Ça fera peu parlé, sans doute – on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure –, mais ça fera parler en bien. L’histoire rendra heureux, et puis, ça pourra donner des idées, le bonheur étant contagieux.

En définitive, le coup de foudre est intimement lié à un coup de folie, un coup de génie. Le coup de foudre trace ainsi quelque chose du territoire naturel du zèbre. Il peut s’y sentir comme un poisson dans l’eau !

Matthieu&Laëtitia

 

Kairos, ou le temps des zèbres

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Les temps modernes sont marqués par ce que les philosophes appellent l’instant pur. L’expression symbolise la primauté de l’instantanéité, qui sied à la société de consommation. Nous sommes dans l’air du buzz, du zapping, du tweet, où la pensée se limite à 140 caractères, de snapchat, où l’éternité s’étire jusqu’à 10 secondes. Il y a là, un emblème paroxystique de l’éphémère.

Le temps est donc un enjeu majeur de notre temps. Puisqu’il en est ainsi, essayons de mieux le comprendre, en nous replongeant dans l’univers des sages de l’Antiquité.

Les Grecs ont identifié trois types de temps. D’abord, il y a Chronos, du nom d’un dieu incarnant la destinée. Il désigne le temps chronologique, quantitatif et linéaire. C’est le temps du passé, du présent et du futur, de la seconde, de la minute ou de l’année.

Ensuite, il y a le temps Aiôn, du nom d’un dieu personnifiant les cycles.  Il ne possède aucune limite temporelle, à l’image du « Panta rei » d’Héraclite. Ce temps illustre le mouvement perpétuel de la respiration, des saisons ou des générations.

Enfin, il y a le temps Kairos, du nom de ce petit dieu aillé symbolisant l’opportunité qu’il faut saisir quand elle passe. C’est, par excellence, le temps des hypersensibles. A son contact, le zèbre se trouve comme un poisson dans l’eau. Ce temps est à sa mesure. A sa démesure. Le kairos ne se mesure pas, il se vit. Il fait l’éloge de l’impalpable, de l’irrationnel, de l’instinct, de l’évidence. C’est l’étincelle qui fait basculer la vie, du bon côté. C’est l’alignement des planètes. Le fruit est mûr. C’était trop tôt, ce sera trop tard, c’est maintenant. Pourquoi ? Parce que !

C’est le moment de tenter un coup en bourse, ou de faire sa déclaration d’amour. C’est le coup de foudre. Il y a dans cet instant toute une éternité d’amour. Une épopée se joue le temps d’une étincelle. L’essentiel d’une vie condensée dans un temps aussi long qu’un claquement de doigts.

Le kairos, c’est la magie qui opère, sans préavis ni anesthésie, à coeur ouvert. Ouvert sur l’inconnu, aux quatre vents qui balaient le champ des possibles.

Le kairos, c’est le pari gagné, le défi relevé, le vieux monstre vaincu. Le kairos, c’est le « money time », le temps qui compte. C’est le temps de la grâce.

Le kairos, c’est rompre avec la nostalgie du possible. C’est mettre fin aux utopies, aux rêves impossibles à incarner, ne se vivant que dans la tête. C’est sortir de soi pour poser un pied, puis faire un pas dans le réel.

La grande horloge du temps semble s’être arrêtée. Le sablier ne s’écoule plus. Le temps suspend son vol.

Le kairos fait écho à la si jolie phrase attribuée à Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ».

Matthieu&Laëtitia