La vulnérabilité et l’intelligence

La vulnérabilité et l’intelligence. L’intelligence et la vulnérabilité. C’est un peu comme l’histoire de l’œuf ou de la poule. Essayer de savoir qui est première de l’intelligence ou de la vulnérabilité engage dans une insondable réflexion. Classiquement, les psychologues – ceux qui se prononcent sur cette question – estiment que l’intelligence tend à fabriquer la vulnérabilité. Ici, lors de ce bref propos, prenons le contre-pied de cette vision. Comme ça, juste pour voir. Juste pour voir si la démarche est insensée, ou non.

Et si la vulnérabilité était première ?
Selon cette hypothèse, l’intelligence serait donc une conséquence. Ici, sans doute nous faut-il définir ce que nous entendons par le terme intelligence. Howard Gardner a montré, ou démontré, que l’intelligence, par essence, est multiple. Aussi, nous limiterons l’intelligence à l’une seule de ses dimensions : la capacité à produire des raisonnements de haut vol, et parfois en vase clôt, pouvant provoquer des nœuds au cerveau.
Des anthropologues ont rapporté que les peuples heureux n’ont pas d’écriture. Au-delà du fait que cela souligne qu’ils ne manifestent pas le besoin de retranscrire leur histoire, le passé de leur culture, cela suggère également qu’ils vivent davantage qu’ils ne pensent. Le raisonnement est simpliste, peut-être trop, mais dit peut-être quelque chose de la réalité.

Revenons au cœur de notre sujet : et si la vulnérabilité créait les conditions de l’intelligence ?
La vulnérabilité provoque un malaise. Ce mal-être, à son tour, déclenche un questionnement, soit le besoin – pas l’envie – de trouver des réponses, ou du moins des esquisses de réponses, ou des pistes pouvant contribuer à expliquer la situation. S’enclenche alors un cheminement comme une aventure. La tête se fait alors tête chercheuse. Il faut trouver des éléments de réponses, coûte que coûte, pour comprendre son malheur – poser des mots sur des maux -, pour pouvoir tenter d’y remédier. C’est une question de survie.

Ce cheminement amène un déploiement invitant à sortir des sentiers battus, à trouver des solutions parfois jugées originales par l’entourage. L’originalité ouvre de nouvelles portes, tisse de nouvelles connexions qui surprennent, souvent. Et si c’était ce cheminement, qui prend sa source dans une blessure mal refermée, que d’aucuns nommeraient intelligence ?

Matthieu&Laetitia

De l’importance des deux premières années

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La notion de capacité est dotée d’ambivalence. D’une certaine manière, notamment grâce à l’apport de l’expérience, les capacités humaines s’agrandissent au fur et à mesure que la vie déploie son long ruban. Un autre regard accouche d’une autre vision des choses et de l’homme : le champ des possibles inhérent à ces capacités ne fait que se réduire, à mesure que le temps passe. Une clé pour résoudre ce paradoxe est à retrouver dans le cerveau humain. 

Dans le cerveau d’un enfant qui naît, s’établit un million de milliard de connexions neuronales ; ce chiffre ensuite, ne fera que baisser. En bas-âge, le bébé est doué de capacités d’apprentissage prodigieuses, tant est prodigieuse sa plasticité cérébrale. Un enfant de 9 mois, par exemple, pourrait reconnaître l’ensemble des sons, des articulations formulées par une bouche humaine. En conséquence, il serait capable d’enregistrer les fondamentaux de toutes les langues, de tous les dialectes. Trois mois plus tard, lorsqu’il souffle sa première bougie, il ne reconnaît plus que les mots de sa culture, ceux qu’il s’est entendu répéter, et répéter encore. Au travers de cet exemple, l’on conçoit combien son potentiel s’est réduit, sous l’effet de l’habitude.

Cette observation, mise en lumière par les neurosciences, induit l’idée d’un élagage dans le champ des possibles. Au fond, grandir revient à se spécialiser. 

Une autre étape décisive se situerait à deux ans. Des études ont montré que des orphelins, qui avaient vécu nombre d’épreuves, et qui ont été placés dans une famille aimante, avant leur 24 mois, ont réussi à trouver le chemin de l’épanouissement. Au contraire, des enfants, ayant subi des épreuves comparables, et qui ont été placés dans un environnement bienveillant après avoir fêté leurs deux ans, n’ont pas été capables de la même résilience. La plasticité cérébrale étant moins forte, la capacité d’adaptation l’est également. Ce faisant, il relève peut-être de la responsabilité parentale que l’enfant ait été sensibilisé à différentes couleurs de l’existence pour qu’il puisse choisir, et donc qu’il soit plus libre. 

Pour accompagner au mieux cette transition des deux ans, à quelle méthode miracle faut-il se vouer ? A quelle pédagogie nouvelle faut-il se former ? Loin d’une quête de nouveauté, l’idée est de se référer à une perspective qui est peut être aussi vielle que le monde est vieux : assurer à l’enfant un environnement bienveillant composé d’amour, de stimulations (pas de sur-stimulations), d’encouragements, de respect de son rythme et de ses besoins. Il convient de le rassurer, de le laisser explorer le monde, pour que son monde élargisse ses frontières, et, enfin, d’établir des règles claires, simples et expliquées, pour lui offrir des repères dont il aura tant besoin pour se construire. Rien de nouveau, donc.

Enfin, pour que l’éducation soit la plus éducative possible, sans doute faut-il confronter l’enfant au réel, davantage qu’au virtuel, qui tend à prendre toujours plus de place dans la vie des hommes à mesure que se déploie le fil de la modernité. L’idée est alors de créer les conditions d’un écosystème chaleureux, aimant, riche de lien social de qualité, de jeu, de dynamisme et de calme, de nature et de culture. Cet espace est fondamental. C’est notamment là que se forge toute une identité. Et que se prépare le futur.

Matthieu&Laetitia

Le faux-self ou le masque de la suradaptation

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Certaines situations exigent une adaptation. Mais lorsque ses situations s’éternisent, et se font plus profondes, l’adaptation opère sa mue, et se fait suradaptation. En conséquence, le comportement d’une personne est tel, qu’il ne lui ressemble plus, voir plus du tout. Court alors le risque suivant : la personne ne se reconnait plus en ce qu’elle fait, et peut-être, parfois, en ce qu’elle est. Parmi les mille et une chose provoquant cette suradaptation, citons la peur : la peur de mal faire, la peur de déranger, la peur d’être blessé, encore une fois, la peur de se faire juger, condamner. 

Il est des personnes, sans doute, qui se confondent avec leur faux-self, comme si le masque ne faisait qu’un avec leur peau. Et puis, il y a des personnes qui sont conscientes d’envoyer dans la réalité un double comme une marionnette. 

Il arrive que la personne soit écartelée entre son identité profonde et l’image qu’elle est amenée à afficher. Même avec une souplesse prodigieuse, avec le temps, et les émotions qui l’accompagnent, il arrive que ce grand écart provoque une manière de déchirement. S’ensuit une quête de sens et de repères, un besoin d’authenticité au parfum de libération. Lorsqu’il est touché, ce point peut devenir un point de rupture, un point de non-retour. Alors, peuvent se poser les questions existentielles et, dans leur sillage, éclorent quelques réponses. Des réponses comme des déclics. Comme des élans vitaux. 

Une des pistes pour s’affranchir de ce faux-self, pour faire tomber le masque, est probablement d’être attentif à son intuition. La réponse est en vous, derrière le masque et tous les écrans de fumée.  L’intuition n’est probablement pas autre chose que la voix du cœur profond. Alors, les cartes peuvent être rebattues – et redistribuées – et les règles, réinventées. Il est alors possible que vous redeveniez maître du « je ». Ce peut être l’ère d’un grand changement, d’une révolution copernicienne, visant à assumer qui vous êtes, tout au fond. Combien de changements de cap professionnel répondent à cette loi, qui ressemble à une loi naturelle ? L’alignement intérieur peut prodiguer un souffle, comme une perfusion d’énergie et d’authenticité autorisant à sortir de ce qu’il est convenu d’appeler une zone de confort. Le chemin a quelque chose d’une aventure. Le fait qu’il permette de se sentir vivant n’est pas le plus petit de ses atouts.

Vous étiez dans votre rôle d’acteur, voire de spectateur, désormais soyez co-auteur du scénario du reste de votre vie.

Matthieu&Laetitia

Le secret du fakir ou le pouvoir de la focalisation

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Ce que l’homme a toujours su, depuis le premier matin du monde, c’est que ses pensées déterminaient en grande partie sa réalité. Il y a dans cette perspective un grand mystère. La modernité occidentale, avide de tout comprendre, porte son attention sur ce qu’elle peut expliquer. Ce qui échappe à l’entendement humain est souvent qualifié d’irrationnel. Et, ce faisant, est rejeté dans les marges. Récemment, les neurosciences, à grands coups d’expériences et d’IRM, n’a pas fait autre chose que confirmer ce que l’homme a toujours su, donc, à savoir que ses pensées colorent sa réalité. Les neurosciences nous apprennent que l’homme a en général entre 60 000 et 80 000 pensées par jour, et qu’environ 80% d’entre elles sont négatives. 

Qui cherche trouve. Vous pensez négatif, donc vous envoyez l’ordre au cerveau de détecter ce qui dans votre écosystème est négatif. Et puis, il y a tout ce qui n’est pas négatif, en soit, et que l’homme perçoit, interprète comme tel. 

Prenons le cas d’une personne ayant téléchargé, à cause d’une blessure émotionnelle, le logiciel du jugement, qui fait qu’elle se sent jugée en permanence par les autres. A ce propos, ouvrons simplement une parenthèse : celui qui a peur du jugement des autres en permanence est peut-être celui qui juge les autres en permanence. Une personne qui se sent jugée aura souvent tendance à voir dans un sourire qui lui est adressé, une pointe d’ironie à son encontre. Lorsqu’une connaissance la croise sans la voir, elle imagine qu’il y a évitement ou indifférence. Au contraire, une personne qui aura confiance en elle et en la vie, sera beaucoup plus résiliente. Une porte qui se ferme offre la délicieuse opportunité de vivre une aventure en passant par la fenêtre. 

Et le fakir dans tout ça, puisqu’il faut bien que l’article justifie son titre. Le fakir est cet homme capable de marcher sur des braises ardentes ou sur des éperons aiguisés comme des lames sans ressentir de douleur. Le fakir sait que le corps ne ressent pas la douleur. Celui qui ressent la douleur, c’est le cerveau. Le fakir sait que le cerveau humain est incapable de penser à deux choses en même temps. Quand bien même que votre cerveau tourne à 100 à l’heure, que vous avez le cerveau constamment en ébullition, que vous cherchez le bouton off et que vous ne le trouvez pas, que votre esprit dégaine mille idées à la seconde, et bien, votre cerveau n’a jamais deux idées en même temps. Elles peuvent se succéder très vite, mais elles sont incapables de s’enchevêtrer. Notre fakir est capable de marcher sur des charbons ardents car il ne ressent pas la douleur.

Quel est son secret ?

Son secret est ce que tout le monde possède ; il s’appelle le pouvoir de la focalisation. En clair, le fakir concentre toute son attention sur un point bien précis. Ce peut être la position de ses bras, une sensation kinesthésique, un point au fond de l’horizon, un souvenir ou une projection. L’intensité de sa concentration est telle que le cerveau perçoit uniquement l’objet sur lequel se focalise l’homme. Se faisant le cerveau ne reçoit pas le message que les pieds du fakir sont en contact avec une très grande source de chaleur. 

Qu’est-ce que les fakirs ont à nous apprendre ? Que se focaliser sur le beau offre toute les chances d’avoir la belle vie.

Matthieu&Laetitia

Le problème e(s)t la solution

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Qui n’a jamais rencontré de problèmes ? Qui cherche une solution ?  

Au premier regard, le problème et la solution peuvent sembler bien éloignés, comme les deux extrémités d’une droite qui tend vers l’infini. Il s’agit là d’un point de vue, pas de la vérité, en soi. D’autres points de vue envisagent, par exemple, que les extrêmes s’attirent, jusqu’à se confondre.

Pour illustrer notre propos, plongeons au cœur de la nature. Après tout, homme vient d’humus, la terre. Entre la nature végétale et la nature humaine, il n’y a peut-être qu’un pas, même si le prisme de la modernité donne à voir quelque chose d’un grand écart. 

Globalement, les plantes qui poussent sont des plantes bio-indicatrices, c’est-à-dire qu’elles expriment la nature du sol. Depuis les années 1870, est née l’expression comme un mensonge : les mauvaises herbes. L’homme qualifie une herbe de mauvaise car il n’a pas compris sa raison d’être. Il faut avoir à l’idée qu’il y a dans chaque mètre carré de sol, des milliers et des milliers de graines, appartenant à de très nombreuses espèces différentes. En fonction de la nature du sol, le génie végétal va convoquer la lever de dormance de telle ou telle plante. 

Il faut avoir à l’esprit que la nature convoque des plantes pour soigner le sol blessé, meurtri. Il y a là, l’une des plus belles expressions du génie végétal. La nature a un but : tendre, toujours plus, vers la forêt. Dans la forêt, le sol est toujours couvert, et jamais travaillé. Il n’est donc jamais blessé. A travers ce prisme, l’on comprend pourquoi la nature déploie tant d’énergie pour que s’installe la forêt.

Un lopin de terre à l’abandon évoluera nécessairement vers la forêt. Schématiquement, après l’herbe, s’installe la ronce ; et la ronce, dit-on, est le berceau du chêne. Ce qui veut dire que la nature fait éclore des plantes toujours plus grandes, toujours plus résistantes, toujours plus ligneuses, jusqu’au moment où la forêt prend possession de l’espace.  

Prenons le cas d’un jardinier qui voit son potager envahi par du liseron. Si la plante lève au détriment d’une autre, c’est que la nature la convoque pour résoudre un problème. Deux conditions incitent le liseron à germer : un sol dur comme du béton et un excès d’azote. Focalisons-nous sur ce sol, dur comme un cœur de pierre. Le liseron déploie une très longue racine dont les ramifications percent le sol. Le but est simple : ameublir la terre, recréer une porosité pour que circulent l’air et l’eau et, qu’in fine, la vie du sol reprenne son cours, reprenne son vol. Ce qui est vu comme un ennemi par le jardinier est, selon un autre point de vue, un trésor d’imagination déployé par la nature. 

Mobilisons l’esprit de ce génie végétal dans une autre nature, la nature humaine. Le problème, ce n’est pas le liseron, c’est l’épine du passé qui reste pointée quelque part dans le cœur. Le passé est perçu comme le problème et cela paraît d’autant plus problématique que le passé, par essence, est révolu. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. 

D’emblée, la blessure apparaît donc comme le problème. Pourtant, un autre regard permet d’envisager le passé douloureux d’une tout autre manière,  non plus comme une impasse, non plus comme une banderille, non plus comme un verrou, mais peut-être comme une porte entrouverte de laquelle filtre quelque chose comme de la lumière. S’ouvrir à cette hypothèse, l’accueillir comme on accueille une grâce, règle non seulement quelque chose du passé, mais permet aussi de créer un nouveau futur, un futur qui n’est plus définitivement coloré de cette encre noire qui suinte de la blessure. L’idée n’est pas d’occulter cette blessure, de la nier, mais de l’accueillir, et d’observer jusqu’à quel point elle a permis de vous construire. Il y a là quelque chose d’un mystère : une personne vit un traumatisme qui génère une émotion ; et l’émotion n’est pas autre chose qu’une énergie en mouvement. Cette énergie trace probablement les contours d’une des missions de votre vie. Comme le sol va convoquer une plante pour se soigner et tendre vers la guérison, l’âme humaine se sert de l’émotion inhérente à la blessure pour se sentir vivante.

Autrement dit, il y a un élan vital qui incite la personne blessée à s’orienter dans des directions qui vont soigner son cœur. Ainsi, l’émotion n’est pas mauvaise en soi, cela dépendant de ce que la personne en fait. Ainsi, quelqu’un ayant vécu, durant l’enfance, une vive injustice, peut avoir la vocation de défendre tout individu ayant subi un sort comparable. Autrement dit, c’est parce qu’un choc vous a vivement cabossé le cœur que vous pourrez devenir le meilleur avocat du monde. 

L’idée ici n’est pas de tendre vers un mono-déterminisme, mais d’observer que le passé oriente, dans une certaine mesure, le champ des possibles. Ainsi, un enfant qui, pour une raison ou pour une autre, a été contraint de se taire, peut devenir le plus grand ermite, ayant apprivoisé la solitude jusqu’à en faire une douce compagne, ou bien devenir le plus grand des pédagogues, tant il a développé, dans le huis-clos de son cœur, des dialogues intérieurs d’une richesse infinie.

Alors, oui, il n’est pas interdit de penser que le problème contienne les germes de la solution.

Matthieu&Laetitia

A la conquête de la confiance en soi

P1070208La confiance n’est pas nécessairement le fruit gorgé de soleil d’une enfance heureuse. Une enfance qui se situe quelque part entre les tourments et la grisaille, au cours de laquelle la confiance n’a pas été injectée à haute dose en intraveineuse, ne dessine pas nécessairement un horizon limité, rongé par l’obscurité.

La confiance, c’est un peu comme un muscle. Pour qu’elle se développe, il faut la travailler, il faut s’entrainer. Ne dit-on pas qu’il faut 21 jours pour prendre une nouvelle habitude ! Il n’y a pas de raison que la statistique ne fonctionne pas aussi pour les bonnes habitudes.

Le premier obstacle qui se dresse sur le chemin de la confiance est probablement la peur, ce verrou émotionnel qui dicte sa loi d’airain. Pour dépasser cette peur, sans doute faut-il se demander combien elle vous coûte, en termes de vie de couple, de vie familiale, de relations sociales, en termes de travail, en termes d’épanouissement. La prise de conscience est fondamentale, elle contient les germes de l’action.

En clair, et en l’occurrence en clair-obscur, le principal élément qui vous limite sur votre chemin personnel, sur votre chemin de confiance, censé vous apporter la meilleure version de vous-même, c’est la peur : peur du jugement, de l’échec, d’être déçu, de ne pas être aimé…

Pour limiter cette peur, sans doute faut-il arrêter de se comparer. Au grand jeu de la comparaison, vous n’allez pas sortir vainqueur. Quand bien même il y ait des domaines où vous êtes le meilleur du monde, il est assez peu probable que vous soyez le meilleur dans tous les domaines. La hiérarchie n’a pas toujours de sens lorsqu’on s’adresse à l’humain. L’autre est simplement différent, vous êtes simplement différent. Chacun est unique. Derrière la comparaison, se dresse souvent le jugement. Et, dans un effet de miroir, les personnes qui ont le plus peur du regard de l’autre, du jugement de l’autre, sont souvent celles qui jugent le plus. L’idée est alors assez claire. Elle consiste à prendre une nouvelle habitude de pensée, de regarder l’autre, de se regarder soi-même, de regarder le monde. C’est peut-être à cette condition que la peur diminuera. Et, dans un effet de balancier, que votre confiance augmentera.

Maintenant que la peur commence à diminuer, il est temps d’entrer dans un état émotionnel qui vous correspond, qui est ce que vous êtes, tout au fond. Il y a être et paraître. Désormais, soyez ! Pour cela, commencez par adopter une attitude physique qui vous mette en valeur, à vos propres yeux. S’aimer est une clé et un cadeau. Le corps envoie en permanence des messages au cerveau. Schématiquement, cela donne les épaules en arrière, le menton relevé, le regard franc, et le sourire comme un soleil. Très important, le sourire. Celui qui sait sourire, comme celui qui sait dire « bonjour », est maître du jeu, et du je.

Dans une approche globale de la personne, l’on conçoit que le physique est indissociable de la psychologie. Pour s’en convaincre, souriez, souriez vraiment, et dites ‘‘Je suis triste’’. Vous verrez que le sourire est plus fort que les mots. Donc optez pour une posture qui vous convient. Pour autant, l’idée n’est pas de dire que les mots ne sont pas importants. D’ailleurs, les mots, parlons-en, après tout, c’est fait pour ça. « Que vous vous dites je vais réussir ou je vais échouer, dans les deux cas, vous avez raison », disait Henry Ford. Autrement dit, il y a des grandes chances, ou de grands risques, que votre croyance se fasse prédiction, et que votre prédiction se vérifie. Ce que les neurosciences tendent à nous démontrer, c’est que les mots sont comme des ordres envoyés au cerveau. L’un des secrets des gens heureux, c’est que les mots qu’ils s’adressent sont enthousiasmants, leur donne envie d’être et de vivre.

Dans le prolongement des mots, il y a les images. Le cerveau fait assez peu la différence entre le réel et l’imaginaire. Par conséquent, imaginer une réussite, se focaliser sur un scénario positif tendent à créer les conditions du succès. Il y a dans cette approche quelque chose du mystère qui enveloppe, comme un papier cadeau, la loi d’attraction. Vous serez daccord avec nous pour dire qu’entre la personne qui envisage l’inconnu comme une menace – qu’est ce qui va encore me tomber sur le coin du museau ? – et la personne qui conçoit le futur comme une ouverture à la grâce – qu’est ce que je vais apprendre aujourd’hui ? –, il y a une légère différence. Ne dit-on pas qu’un battement d’ailes peut être à l’origine de la plus grande des tempêtes ?

Pour se faire une idée un petit peu plus précise de l’importance de l’anticipation, quoi de mieux qu’un exemple concret ?! Plongeons-nous dans la finale de Roland-Garros 1988. Plus exactement dans la nuit qui précède la finale, la nuit du samedi au dimanche. On demande à Henri Leconte de préparer deux discours, en vue du lendemain. Pourquoi deux discours ? L’un en cas de victoire, l’autre, en cas de défaite.

Sa finale debute bien. Dans le premier set, il mène 5-4, service à suivre. Le gaucher sert donc pour le set. Et là, soudainement, sans préavis, revient comme un boomerang la formulation de son discours de perdant, et aussi la projection de la défaite. Le souvenir du discours génère une peur, la peur de l’échec. Résultat : le Nordiste perd 7-5, 6-2, 6-1. Autrement dit, la pensée négative opère une véritable fracture. Avant qu’elle ne s’invite dans son esprit, il gagne 5 jeux et en perd 4 et, après son irruption, il perd 15 jeux et en gagne 3.

En formulant le discours du perdant, le joueur anticipe donc sa défaite, et ainsi créer les conditions de l’échec. Et échec, il y aura. En l’occurrence, ce sera échec et Mats (Wilander).

Une solution, pour gagner le match de la confiance, est donc de visualiser un résultat positif, tout en vivant déjà la belle émotion qui y est associée. Il est même possible d’écrire le scénario souhaité, la belle histoire que vous désirez vivre. Il y a dans l’écrit un engagement souvent plus profond que les paroles. Les unes s’envolent pendant que les autres restent.

Ecrire l’histoire. Avant que l’histoire ne s’écrive.

Matthieu&Laetitia

Le paradigme du champion. Une approche de la décision

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Qu’est ce qui sépare un sportif de haut niveau d’un champion ? Sur quoi repose le plafond de verre séparant la première marche du podium de la deuxième ? Il y a de l’impalpable, bien sûr, quelque chose illustrant la fragilité du destin. Mais il y a aussi du concret, de l’observable.

Parmi les multiples réponses, retenons le pouvoir de décision. Schématiquement, la décision du champion est claire, nette, définitive. Sa décision est non négociable. L’engagement est total. Ce n’est pas « Je vais changer s’il se passe ça ou ça… ; Je vais changer quand il se passera ça ou ça… » C’est « Je vais changer, je le décide et je commence maintenant ». Il y a là une carte maîtresse de la réussite.

Le champion n’entrevoit que la victoire. La défaite n’est pas une option. Il n’y a pas de procrastination qui tienne, lorsqu’il est question de bonheur. Le champion ne se dit pas : « Et si je tombe, et si je perds, et si ça ne passe pas comme prévu ». Ces phrases récurrentes sont autant de poisons que la personne qui les tient s’injecte en intraveineuse. Les scénarios négatifs sont armés de lames : ils te coupent les jambes et les ailes, alors que tu veux courir et voler vers tes objectifs.

Le champion promet, comme beaucoup, et il tient ses promesses, comme assez peu de personnes. Il dit : « Je décide de m’investir à fond, je vais faire tout mon possible pour atteindre mon objectif ». Et il le fait ! La décision est un préalable à l’action.

L’instant de décision ressemble à un rond-point. Pour éviter tout accident, l’automobiliste accélère clairement ou attend son tour. Il  n’y a pas d’entre-deux. Maître Yoda enseigne : « Non, n’essaye pas. Fais-le ou ne le fait pas ».

Cette approche à quelque chose de catégorique qui, d’emblée, semble assez peu adaptée à des personnes hypersensibles. Pensez-vous, une seule seconde, qu’un champion n’est pas, par essence, un être hypersensible ? Sauf qu’il réussit à faire une coupe franche dans les « et si… ». La réussite est son horizon. La réussite est son paradigme. Un paradigme, c’est une représentation du monde, une chose que l’on tient pour vraie, et que l’on ne remet pas en cause en se levant le matin.

Le terme « coaching » est issu de l’univers sportif. Le sportif a donc peut-être quelque message à délivrer à celui qui veut devenir le champion de sa propre vie, quel que soit son activité, quel que soit son objectif ou son terrain de jeu.

Cette approche a au moins le mérite de poser un cadre clair, et de mettre la personne face à ses responsabilités. Le changement vise un épanouissement plus grand.

Le changement, c’est peut-être d’abord et avant tout une décision.

Matthieu&Laetitia

De l’utilité des rêves. Qui a-t-il, au fond, de plus rationnel que le rêve ?

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Au préalable, convoquons une précaution oratoire, ou plutôt scripturale. Les sémiologues – et les adeptes du marketing, entres autres – le savent bien, les mots emprisonnent une réalité, et orientent la perception de l’auditeur. Les expressions « bas de gamme » et « entrée de gamme » désignent scrupuleusement la même réalité et pourtant, elles n’auront pas le même impact sur l’esprit de celui qui les entend. Il en est de même, par exemple, du mot « licenciement » qui tend à être remplacé par « ajustement de personnel ». L’expression, sensée adoucir l’épreuve vécue, souligne le pouvoir des mots.

Dans le même esprit, le terme « rêve » possède, lui aussi, plusieurs facettes, dont les antipodes sont la chimère enrichie d’utopie, d’un côté, et, de l’autre, l’idéal à incarner. Ici, on entend par rêve, ce qui vous anime tout au fond, ce que le temps et les blessures n’ont pas réussi à détruire, quelque chose de l’ordre de la vocation ou de la mission de vie. Par rêve, on entend donc ce qui vous emporte, ce qui vous entraîne, ce qui vous stimule, ce qui vous passionne, tout ce qui fait battre votre cœur un peu plus fort. Hegel ne disait-il pas : « Rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion » !?

A contrario, nous n’entendons pas l’illusion chimérique, cette fabrication de l’esprit qui relève de l’auto-sabotage, et qui, par essence, crée les conditions de l’échec. Pour faire simple : l’objectif-rêve est perçu comme inatteignable, et l’impossibilité légitime le non-engagement, de manière consciente ou inconsciente.

Revenons au rêve, au sens de ce qui renseigne sur ce pour quoi vous êtes faits. Ce rêve a beau être palpitant, enthousiasmant, il n’est, pour autant, pas toujours simple à suivre, ce qui est peut-être une autre manière de dire qu’il n’est pas toujours simple de suivre son intuition. A cela, il existe nombre de raisons. Il y a souvent le besoin de conformité au regard social, à faire non pas ce pour quoi on est fait, mais ce que l’autre attend de nous. Quelque chose de l’ordre de la sécurité est alors probablement en jeu. Et puis, il peut y avoir quantité de petites voix qui crient, en nous, à gorges déployées, ou alors qui murmurent, comme si elles nous confiaient un secret. Ces voix peuvent nous demander, ou nous sommer, d’être des « personnes sérieuses », pour reprendre la formule qu’Antoine de Saint Exupéry met dans la bouche du Petit Prince. Qui dit sérieux dit sécurité, souvent, mais aussi, probablement, dans bien des cas, ennui et lassitude.

Sécurité, le mot est lâché. Peut-être fait-il un bruit de fracas ? Au nom de ma sécurité, suis-je prêt à renoncer à mon épanouissement, à mon bonheur, à ce pourquoi je suis fait ? Le bonheur implique un chemin, avec sa part d’inconnu mêlée de risque.

Là encore, les mots, et les nuances qu’ils peuvent suggérer, sont importants. Ainsi, prendre des risques, n’induit pas nécessairement de prendre des risques démesurés. D’ailleurs, pour faire écho à notre préambule, peut-être que le mot « risque » est, dans une certaine mesure, une vue de l’esprit en même temps qu’un élément rhétorique.

En effet, la perception d’un risque n’induit pas obligatoirement une menace réelle. Il n’est pas interdit de penser que fabriquer, parfois inconsciemment, un risque, est un moyen redoutablement efficace pour justifier une inaction et un maintien dans ce qu’il est convenu d’appeler une « zone de confort ». A bien y regarder, cette zone n’a parfois de confort, que le nom.

Un autre point de vue peut suggérer que prendre des risques, au bon sens du terme, c’est aussi une manière de se sentir vivant, d’avancer sur un chemin significatif tant il est relié à un projet porteur.

La question est alors : Pourquoi certaines personnes, animées de vifs élans intérieurs, sont-elles incapables de leur donner vie ? La réponse, comme souvent, se situe probablement, en grande partie, au niveau émotionnel.

Les neurosciences nous apprennent que, schématiquement, un comportement humain est dû, à 95%, au ressenti émotionnel. Par effet de vases communicants, le cortex cérébral influerait donc seulement sur 5%. Il y a dans cet affrontement entre la logique et l’émotion un combat bien souvent inégal, quelque chose d’un cornac essayant de dompter un troupeau d’éléphants.

Autrement dit, dans certains cas, le cerveau humain est une formidable machine pour empêcher d’agir. Il peut distiller des phrases ressemblant à celles-ci : « Contente-toi de ce que tu as », « Ce que tu as, c’est déjà très bien », « Regarde les autres, tout le monde n’a pas ta chance », « Ce que tu as, c’est peut-être peu, du moins pas autant que ce que tu espères, mais peut-être que tu espères trop. Et puis ce que tu as, tu l’as vraiment, tu le possèdes, c’est concret. Ce que tu n’as pas encore, ce à quoi tu aspires, soyons fou, parlons de ce dont tu rêves, peut-être que tu ne l’atteindras jamais ». En clair, « le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle ». A ce propos, le cerveau entend mal la négation. Pour s’en convaincre, vous qui lisez ces lignes, ne pensez pas à un ours polaire déambulant en short fuchsia sur une plage de sable fin.

Le cerveau, donc, entend assez mal la négation, et parfois aussi les nuances. Donc la phrase, in fine, peut insidieusement se transformer : « Le jeu n’en vaut pas la chandelle, c’est sûr. Comment ai-je pu y croire ? ».

Derrière ce dialogue intérieur, qui n’est pas une fatalité, il y a probablement quelque chose ressemblant à un manque de confiance, en soi et dans la vie. Si la personne avait davantage confiance en elle, si elle avait davantage sa sécurité à l’intérieur, quel regard porterait-elle sur ses grands rêves ? Il n’est pas interdit de penser que ses grands rêves ne soient plus perçus comme des illusions aussi chimériques qu’évanescentes, mais comme des enthousiasmes spontanés reflétant quelque chose d’une mission de vie.

Pour embrasser ce changement de paradigme, cette révolution copernicienne, sans doute faut-il, parfois, identifier quelques verrous intérieurs et délier quelques nœuds émotionnels. C’est peut-être à ce prix que le rêve sera appréhendé comme un projet concret fixant un cap et ouvrant le champ des possibles.

Il y a dans les rêves, dans ce qui vous anime tout au fond, dans ce qui fait vibrer votre cœur profond, une énergie aussi belle qu’inépuisable. Se dressera peut-être sur vos chemins des obstacles, mais peut-être auriez-vous alors toute l’énergie du monde pour les dépasser. Justement parce que ce chemin n’a pas été tracer par quelqu’un d’autre, mais par vous, et pour vous.

Nous pourrions multiplier, jusqu’à l’excès, les exemples donnant à penser qu’il y a dans la poursuite d’un grand objectif, que d’aucuns nommeront rêve, l’un des ressorts majeurs alimentant les eaux de la résilience. Limitons-nous à deux. Walt Dysney a été remercié du journal dans lequel il travaillait, pour manque de créativité. Charles Aznavour, à ses débuts, s’est entendu répéter : « Tu n’as ni le physique, ni la voix pour faire carrière ». Croire en ses rêves profonds est une merveilleuse façon de déjouer les pronostics. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », écrivait joliment Mark Twain.

« Fait ce qui te plaît et tu ne travailleras pas un jour de ta vie », disait Confucius, qui ne disait peut-être pas que des bêtises. « Travail », ici, est à entendre au sens de « tripalium », cet instrument de torture utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles.

En clair et en couleurs, le rêve sécrète une énergie vitale donnant force et courage. A l’aune de cette référence, si suivre la piste de ses rêves est quelque chose qui risque de nous rendre plus heureux, alors, oui, il n’y a peut-être pas plus rationnel que nos rêves.

Matthieu&Laetitia

Et si c’était maintenant ? A la rencontre du cœur profond.

Et si c’était maintenant ? Pas demain. Pas dans une heure. Là, maintenant, tout de suite, dans l’instant. Et s’il était urgent d’être heureux. Pas de procrastination à l’égard de l’épanouissement. Le bonheur profond n’est pas exactement un dossier de plus à trier.

Se pose alors la question : Comment se connecter au cœur profond ? Comment connaître ses envies et ses besoins les plus ardents ? Certains ont la réponse, d’autres moins. D’autres, encore, ne l’ont pas du tout. Dans ce cas de figure, la volonté, seule, n’est peut-être pas toujours suffisante. Il y a le fait de vouloir savoir, et la connaissance, en elle-même.

Ici, proposons une approche pour essayer d’atteindre le cœur profond, siège des envies qui nous rendrons heureux. Ce chemin, qui se veut chemin d’épanouissement, comporte 3 grandes balises : se comprendre, s’accepter et, enfin, participer à créer les conditions d’un monde dans lequel on puisse vivre.

Se connaitre implique de saisir ses mécanismes. Un mécanisme est souvent défensif, étant une réponse à un choc traumatique. Qui, dès sa plus tendre enfance, n’a pas été blessé par une chose ou par une autre ? Ce traumatisme sécrète une émotion, émotion qui contribuera à colorer la personnalité de l’individu. Cette émotion entre souvent insidieusement, comme par effraction, dans le cœur et l’esprit humains. Autrement dit, elle est là, et la personne qui la possède n’en a pas toujours conscience. Cette émotion génère une adaptation, puisqu’il faut bien survivre. Puisque la personne s’adapte, elle devient, symboliquement, autre chose qu’elle-même. Se développe alors ce que l’on appelle parfois un faux-self. En conséquence, peut se creuser un décalage entre la personne que nous sommes vraiment, tout au fond, et la personne que nous sommes devenus. Ce décalage, qui peut parfois de faire écartèlement, peut donner naissance à de vives souffrances. Qui suis-je ? Où est le sens de ma vie ?

Intervient ici la deuxième phase : l’acceptation. J’accepte qui je suis devenu. Je pose un autre regard sur mon passé. Je me déshabille le cœur de tout sentiment de culpabilité. Je pardonne au maximum à ceux qui m’ont fait du mal, et ce parfois, ou souvent, de manière involontaire. Je pensais que tel ou tel élément de mon passé était un fardeau. Je pensais que c’était un caillou, et si c’était une graine ? Une graine qui ne demandait qu’une terre fertile pour s’enraciner, éclore, jeter des bourgeons et du parfum.

Entre ici en jeu la troisième étape : créer les conditions d’un monde dans lequel je puisse vivre. En d’autres termes, quel est mon terreau fertile ? Où est cet horizon où pourra s’exprimer mon unicité ? Ce champ des possibles, de manière peut-être contre-intuitive, est probablement à rechercher du côté de la blessure. « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière », disait joliment Michel Audiard. Et s’il y avait là, dans le problème originel, bien des éléments de réponse renseignant sur le sens de ma vie.

Comment, à l’âge adulte, aller reconquérir son cœur profond, sorte de métaphore de la vocation ? Peut-être faut-il se reconnecter à ses souvenirs d’enfance, lorsque flottait l’enivrant parfum de l’insouciance, lorsque tout, ou presque, était possible. Après tout, certains l’ont fait, justement parce qu’il ne savait pas que c’était impossible, pour paraphraser Mark Twain.

Prenons le cas d’un enfant ayant la passion de la musique. Ecouter une mélodie fait frémir jusqu’à son âme. Combien de fois a-t-il vu danser les notes devant lui, dans une sorte de poésie en mouvement ? Pour lui, la musique décrit l’indicible, l’au-delà des mots, quelque chose de la grâce. C’est à son contact qu’il se sent vivant. Il n’aime rien tant que de faire glisser ses doigts de fée sur les cordes chantantes de sa harpe de bois.

Lorsque cet enfant s’épanche quelque peu sur son grand rêve de devenir musicien, la réponse de son entourage – souvent bien intentionné – est unanime : « On ne peut pas vivre de la musique. Etre musicien, c’est connaître une vie instable. Le soir, en rentrant du travail, tu auras tout le loisir de faire jouer tes mains ». S’enclenche ici un jeu de contraste : l’enfant rêve en grand et veut vivre de la musique, et les grandes personnes emprisonnent ce rêve dans une voie de garage.

L’enfant grandit et se construit avec l’idée que son rêve n’est pas autre chose qu’une étoile inaccessible. « Il faut être sérieux, travailler comme tout le monde », « être une grande personne » pour reprendre les mots du Petit Prince. C’est-à-dire dompter ses passions, jusqu’à les éteindre. Le venin de la résignation apprise coule alors dans les veines.

Et puis, un beau jour – oui, parce qu’il n’est pas dénué de beauté, ce jour –, un ressort intérieur s’active avec la force d’un volcan au réveil. Cette vie que je mène – ou peut-être est-ce d’ailleurs cette vie qui me mène, et par le bout du nez –, toujours est-il que cette vie, ce n’est pas la mienne, mais celle de mon double, qui a été construit à grands coups de pesanteur sociale. Cette prise de conscience sonne l’heure du réveil. Là, maintenant, tout de suite, dans l’instant, je veux être heureux. Et cette volonté est si légitime. Et si c’était maintenant ? Je veux que mes rêves d’enfant soient mes rêves et mes concrétisations d’adulte. Après tout, aimer la musique jusqu’à vouloir en vivre, certains l’ont déjà fait. Et si je ne voulais pas être heureux juste quelques heures par semaine, après le travail ?

La musique ne désigne pas autre chose que cet élément, pour reprendre le mot de Ken Robinson, où se croisent la passion et le talent, et qui trace les contours du terrain de « je ». Combien de grands dirigeants américains affirment que leur réussite est aussi dû au fait qu’ils ont persévéré dans la poursuite de leur grand rêve ?

Les obstacles les plus ancrés sont souvent ceux que l’on se fixe soi-même. Mille étapes intermédiaires peuvent me rapprocher de mon objectif. Mille étapes peuvent se faire en un jour comme en 10 ans. Sur ce chemin, il y aura des obstacles, mais gageons que l’aventurier qui ose franchir le premier pas aura toute l’énergie du monde pour les dépasser. Et, puisqu’il y a dans ce mouvement quelque chose de la vocation, peut-être qu’un certain nombre d’obstacles se feront tremplins.

Et s’il n’y avait rien de plus rationnel au fond, que de suivre ses rêves ?

Matthieu&Laetitia

L’histoire des gros et des petits cailloux.

gros et petit cailloux

La nouvelle année, date symbolique s’il en est, offre souvent l’occasion d’envisager de nouvelles résolutions. Voici une expérience invitant à transformer les belles promesses en jolies concrétisations.

Un jour, un vieux professeur est invité dans une école d’administration afin de participer à une formation dédiée à la gestion du temps. Pour délivrer son message, il dispose seulement d’une heure. Confronté à l’ampleur du défi – être efficace en si peu de temps –, il trouve une solution originale. Il se place derrière son bureau et s’apprête à raconter une histoire.

Pour commencer, il sort, de dessous le bureau, un grand bocal en verre transparent. Sans dire un mot, il y place, jusqu’à ras-bord, des gros cailloux. Il demande alors aux étudiants si le vase est rempli. La réponse est unanime : « oui, le vase est rempli ». Le vieux professeur poursuit son histoire. Et, en l’occurrence, sa chanson de gestes. Il dispose désormais des graviers à l’intérieur du bocal. Et ces graviers entrent sans peine dans les trous laissés par les gros cailloux. « Cette fois, le pot est-il plein ? » demanda-t-il à son public. Certains répondent oui, d’autres sont dubitatifs, et d’autres encore répondent qu’il est probablement possible de remplir davantage la boîte. C’est alors que l’enseignant sort, non pas de son chapeau, mais une nouvelle fois de dessous la table, du sable qu’il saupoudre sur le pot, et qui s’infiltre sans mal à l’intérieur des petites interstices. Il repose la même question : « Le pot est-il plein ? ». C’est le moment que choisi le vieux professeur pour s’emparer d’une bouteille d’eau, et pour la vider jusqu’à remplir totalement le pot.
Quel est la morale, le message délivré par cette histoire ?
Les gros cailloux sont des pierres précieuses. Ils symbolisent ce qui nous tient vraiment à cœur, ce qui a le plus de prix à nos yeux, ce qui sont de cette richesse qui ne s’achète pas. L’eau reflète l’écume, le futile, l’accessoire, le superficiel. Entre ces deux extrêmes, il y a le gravier et le sable, c’est-à-dire tout ce qui représente plus ou moins de valeur.
Pour reprendre l’image du vase qui se remplit, si l’on commence par y déposer l’eau, le gravier ou le sable, alors il n’y aura plus assez de place pour nos trésors les plus précieux.

A l’instar de ce qu’a réalisé le vieux professeur, l’idée est de placer dans notre agenda nos priorités les plus profondes, les plus fondamentales, toutes celles qui font battre notre cœur un peu plus fort, toutes celles qui fleurissent sur notre chemin d’épanouissement. Se concentrer sur l’essentiel – essenCiel – implique de renoncer à ce qui est futile, ou alors de le laisser en marge de notre vie, c’est-à-dire à sa place.

Chacun ses priorités, celles qui plongent leurs racines dans les profondeurs, jusqu’au cœur de notre cœur.

C’est peut-être à ce prix que nos résolutions qui n’en ont pas, de prix, seront tenues, parce qu’elles seront fermes, bâties sur le roc. Fermes, oui, mais douces à la fois.

Matthieu&Laetitia