Le problème e(s)t la solution

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Qui n’a jamais rencontré de problèmes ? Qui cherche une solution ?  

Au premier regard, le problème et la solution peuvent sembler bien éloignés, comme les deux extrémités d’une droite qui tend vers l’infini. Il s’agit là d’un point de vue, pas de la vérité, en soi. D’autres points de vue envisagent, par exemple, que les extrêmes s’attirent, jusqu’à se confondre.

Pour illustrer notre propos, plongeons au cœur de la nature. Après tout, homme vient d’humus, la terre. Entre la nature végétale et la nature humaine, il n’y a peut-être qu’un pas, même si le prisme de la modernité donne à voir quelque chose d’un grand écart. 

Globalement, les plantes qui poussent sont des plantes bio-indicatrices, c’est-à-dire qu’elles expriment la nature du sol. Depuis les années 1870, est née l’expression comme un mensonge : les mauvaises herbes. L’homme qualifie une herbe de mauvaise car il n’a pas compris sa raison d’être. Il faut avoir à l’idée qu’il y a dans chaque mètre carré de sol, des milliers et des milliers de graines, appartenant à de très nombreuses espèces différentes. En fonction de la nature du sol, le génie végétal va convoquer la lever de dormance de telle ou telle plante. 

Il faut avoir à l’esprit que la nature convoque des plantes pour soigner le sol blessé, meurtri. Il y a là, l’une des plus belles expressions du génie végétal. La nature a un but : tendre, toujours plus, vers la forêt. Dans la forêt, le sol est toujours couvert, et jamais travaillé. Il n’est donc jamais blessé. A travers ce prisme, l’on comprend pourquoi la nature déploie tant d’énergie pour que s’installe la forêt.

Un lopin de terre à l’abandon évoluera nécessairement vers la forêt. Schématiquement, après l’herbe, s’installe la ronce ; et la ronce, dit-on, est le berceau du chêne. Ce qui veut dire que la nature fait éclore des plantes toujours plus grandes, toujours plus résistantes, toujours plus ligneuses, jusqu’au moment où la forêt prend possession de l’espace.  

Prenons le cas d’un jardinier qui voit son potager envahi par du liseron. Si la plante lève au détriment d’une autre, c’est que la nature la convoque pour résoudre un problème. Deux conditions incitent le liseron à germer : un sol dur comme du béton et un excès d’azote. Focalisons-nous sur ce sol, dur comme un cœur de pierre. Le liseron déploie une très longue racine dont les ramifications percent le sol. Le but est simple : ameublir la terre, recréer une porosité pour que circulent l’air et l’eau et, qu’in fine, la vie du sol reprenne son cours, reprenne son vol. Ce qui est vu comme un ennemi par le jardinier est, selon un autre point de vue, un trésor d’imagination déployé par la nature. 

Mobilisons l’esprit de ce génie végétal dans une autre nature, la nature humaine. Le problème, ce n’est pas le liseron, c’est l’épine du passé qui reste pointée quelque part dans le cœur. Le passé est perçu comme le problème et cela paraît d’autant plus problématique que le passé, par essence, est révolu. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. 

D’emblée, la blessure apparaît donc comme le problème. Pourtant, un autre regard permet d’envisager le passé douloureux d’une tout autre manière,  non plus comme une impasse, non plus comme une banderille, non plus comme un verrou, mais peut-être comme une porte entrouverte de laquelle filtre quelque chose comme de la lumière. S’ouvrir à cette hypothèse, l’accueillir comme on accueille une grâce, règle non seulement quelque chose du passé, mais permet aussi de créer un nouveau futur, un futur qui n’est plus définitivement coloré de cette encre noire qui suinte de la blessure. L’idée n’est pas d’occulter cette blessure, de la nier, mais de l’accueillir, et d’observer jusqu’à quel point elle a permis de vous construire. Il y a là quelque chose d’un mystère : une personne vit un traumatisme qui génère une émotion ; et l’émotion n’est pas autre chose qu’une énergie en mouvement. Cette énergie trace probablement les contours d’une des missions de votre vie. Comme le sol va convoquer une plante pour se soigner et tendre vers la guérison, l’âme humaine se sert de l’émotion inhérente à la blessure pour se sentir vivante.

Autrement dit, il y a un élan vital qui incite la personne blessée à s’orienter dans des directions qui vont soigner son cœur. Ainsi, l’émotion n’est pas mauvaise en soi, cela dépendant de ce que la personne en fait. Ainsi, quelqu’un ayant vécu, durant l’enfance, une vive injustice, peut avoir la vocation de défendre tout individu ayant subi un sort comparable. Autrement dit, c’est parce qu’un choc vous a vivement cabossé le cœur que vous pourrez devenir le meilleur avocat du monde. 

L’idée ici n’est pas de tendre vers un mono-déterminisme, mais d’observer que le passé oriente, dans une certaine mesure, le champ des possibles. Ainsi, un enfant qui, pour une raison ou pour une autre, a été contraint de se taire, peut devenir le plus grand ermite, ayant apprivoisé la solitude jusqu’à en faire une douce compagne, ou bien devenir le plus grand des pédagogues, tant il a développé, dans le huis-clos de son cœur, des dialogues intérieurs d’une richesse infinie.

Alors, oui, il n’est pas interdit de penser que le problème contienne les germes de la solution.

Matthieu&Laetitia

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