Le piège du triangle de Karpman. Partie 1 : Explications

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A l’heure où sonne la rentrée des classes, révisons un peu de notre géométrie. Ici, il s’agira de géométrie dans l’espace. Et, plus précisément, dans l’espace social.

Stephen Karpman, un psychologue américain, nous apprend que, schématiquement, les relations sociales tendent à être triangulaires. Cette approche s’inscrit dans le cadre de l’analyse transactionnelle. Cette dernière, fondée dans les années 1950 par le psychiatre américain Eric Berne, désigne une technique d’analyse des relations sociales.

Le triangle de Karpman est qualifié de dramatique car il est le point de départ de très nombreux drames, ayant pour décor les contes ou la vie quotidienne. Les acteurs endossent – souvent inconsciemment – trois rôles, qui sont à la fois parfaitement distincts et interchangeables. Ces trois rôles sont la victime, le sauveur et le persécuteur. Ils sont, par exemple, incarnés par Blanche-Neige, le prince et la sorcière.

Le triangle dramatique se présente ainsi :

-La victime, en position basse, est dans la plainte. Concrètement, elle n’est pas responsable de ce qui se passe, à ses dires tout va mal pour elle, et elle attire l’un ou l’autre des protagonistes. Ce personnage se dit particulièrement malchanceux. Certaines situations peuvent placer un individu en position de fragilité. Pourtant, il n’est pas condamné à devenir une victime, pouvant choisir de prendre ses responsabilités, et donc d’avoir un pouvoir de décision sur sa vie.

Que la victime soit sujette au complexe d’Atlas, et prenne toute la misère du monde sur ces frêles épaules, ou qu’elle renvoie la faute sur les autres ou sur un implacable destin, le résultat ne varie guère. En général, son entourage est pris de pitié pour elle, la plaint et la réconforte. Par conséquent, sa position de victime se trouve comme légitimée ; ce sont les victimes que l’on console.

Une autre conséquence est possible. L’autre s’étant mis à son niveau, voire même en dessous d’elle symboliquement, pour la rassurer et la valoriser, la victime se trouve sur un piédestal, et peut en profiter pour se faire bourreau. Derrière ce mécanisme, se cache l’une des plus puissantes techniques de manipulation.

-Le sauveur s’apparente au super héros. Dans un réflexe quasi pavlovien, il s’empresse de secourir la victime ; le prince, perché sur son cheval blanc et vêtu de son habit de lumière, ne peut s’empêcher de sauver la princesse en haillons. Il cherche et trouve des solutions aux problèmes des autres, mais il n’est que rarement suivi. Il veut aider, tout le monde, là, tout de suite, même si personne ne lui a rien demandé. La victime peut ne pas vouloir de ses solutions. Alors, il risque de s’épuiser. A tout moment, certaines personnes peuvent enfiler le maillot de bain rouge du sauveteur en haute mer au point de vouloir aider tout le monde. Ce faisant, elles risquent d’enfermer leur interlocuteur dans le statut de victime. Ce qui peut être infantilisant lorsque l’interlocuteur est un adulte, et même lorsqu’il s’agit d’un enfant.

Le sauveur peut secourir les victimes, mais il peut aussi attaquer le bourreau, se faisant alors bourreau à son tour.

-La caractéristique du persécuteur est d’être dans le combat, la revendication, la colère. Défendre la victime ne l’intéresse pas le moins du monde. Lui, c’est l’accusateur. Il pointe du doigt, jusqu’à faire mal, souvent. C’est sa manière d’exister et de prendre sa place. Pour assouvir cette quête, donc pour se valoriser, il a tendance à abaisser son interlocuteur pour que, mécaniquement, dans un effet de balancier, il puisse s’élever. Au fond, l’intention est moins de rapetisser l’autre que de s’élever soi-même. Ce rôle de bourreau renferme une ambivalence de poids : sa « méchanceté » va de la moquerie à la brutalité en passant par l’humiliation et pourtant, à sa décharge, c’est probablement le personnage le plus franc, dans la mesure où c’est celui dont le jeu est le plus clair, le plus visible.

Derrière chaque rôle, se dissimule souvent un besoin de reconnaissance.

Le drame du triangle, c’est que lorsque vous y entrez, vous devez, presque fatalement, rester jusqu’au « coup de théâtre », comme dans un scénario. Les acteurs, même si, naturellement, ils disposent toujours d’une part de liberté, aussi infime soit-elle, sont comme emportés dans un engrenage, qui est une manière de machine infernale.

Comme évoqué en amont, il n’est pas rare que les protagonistes changent de rôle comme on change de masque. Comme on change de peau. Classiquement, après avoir changé plusieurs fois de position dans le triangle social, un protagoniste quitte la scène. En sortant du jeu, il met fin à la relation, et le triangle s’effondre à la façon d’un château de cartes.

Ce triangle social est un jeu psychologique qui ne relève pas de la communication ajustée, mais de la relation ambiguë, souvent teintée de violence verbale. Mais, s’il est si répandu, c’est parce que les joueurs peuvent jouir de bénéfices secondaires : la victime qui reçoit de l’aide, le pouvoir du bourreau, le sentiment d’utilité ou le prestige du sauveur. Ces bénéfices sont autant d’occasions de se sentir valorisé.

Il est des triangles comme des prisons. Mais, de ce triangle, comme de toute prison, il est toujours possible de s’évader, et même, et surtout, d’éviter d’y pénétrer ou de le construire.

Matthieu&Laetitia

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