L’enfant, la créativité et l’Ecole

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L’école est censée préparer les jeunes pour le futur. Et pourtant, à bien des égards, elle semble les former pour un monde qui n’existe plus.

L’Ecole dite traditionnelle ne l’a pas toujours été. Cette même école, avant d’être traditionnelle, a été révolutionnaire ; et ce d’autant plus qu’elle est née au XIXe siècle, dans le sillage de la révolution industrielle et de son désir de standardisation.

Qu’en est-il du respect des besoins de l’enfant qui est, pour ainsi dire, paramétré pour l’innovation ? Il peut d’autant plus sortir du cadre que celui-ci, étant encore en construction, présente une plasticité offrant une marge de manœuvre.

Par nature, tous les enfants ont quelque chose d’exceptionnel, d’époustouflant. Chacun étant unique, les dons le sont également ; ce qui est assez étranger de l’idée de conformité.

Tout enfant doit donc trouver son terrain de jeu, et de « je », et donc d’expression. L’éducation devrait être là pour cela, pour révéler à l’enfant ses talents, pas pour délivrer un savoir suranné et enfermant.

Ainsi que le précise Ken Robinson, en matière d’éducation, la créativité est aussi importante que la littérature.

L’expert en éducation, reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation, raconte l’histoire d’une petite fille suivant un cours de dessin. Souvent assise au fond de la classe, sa maîtresse pense qu’elle a des difficultés de concentration. Un jour, l’institutrice s’approche d’elle et lui demande : « Qu’es-tu en train de dessiner ? »

« Je fais un dessin de Dieu », répond l’enfant.

« Mais personne ne sait à quoi ressemble Dieu », reprend l’institutrice.

« Ils le sauront dans une minute », affirme l’élève.

La morale de cette histoire : les enfants osent, et c’est peut-être même à cela qu’on les reconnaît. Dans certains cas, l’imagination peut être plus précieuse que le savoir. L’insouciance offre de la liberté à l’enfant : il peut échouer, se tromper, et recommencer à sa guise.

Echouer, ce n’est pas être créatif. Mais être créatif et original implique de ne pas avoir peur de se tromper ou, du moins, de surmonter cette peur.

A l’âge adulte, une personne a tendance à perdre cette insouciance et à être gagnée par la peur de l’échec. Ce faisant, au nom sacré de la sécurité, elle tente moins, pour ne pas être prise en faute. Par extension, elle innove moins, et donc ne fait pas de sa différence une force. L’adulte apprend la résignation. D’aucuns appellent ce phénomène la maturité.  

Cette logique se retrouve sur les bancs de l’école, où l’erreur est punie, presque par essence. Alors qu’elle s’avère une nécessité sur le chemin de tout apprentissage et de toute innovation. Dès lors, le prodigieux pouvoir créatif de l’enfant se trouve considérablement mutilé.

Ken Robinson rappelle que dans toutes les écoles, partout dans le monde, il existe une même hiérarchie des disciplines : les mathématiques et les langues au sommet, les sciences humaines ensuite et, tout en bas, les arts. A l’intérieur même des arts, ce n’est pas l’égalité : la musique tend à être plus valorisée que la danse, par exemple.

A l’école, l’idée de hiérarchie est inhérente aux besoins de l’industrialisation du XIXe siècle. Tout d’abord, elle place au sommet de la pyramide les élèves qui seront aptes – et donc utiles – aux nouveaux codes érigés par la modernité de l’époque, à commencer par le travail standardisée et parfois à la chaîne.

Tout ce qui éloigne l’homme de la conformité – comme les arts, le sport ou tout acte créatif –, est logiquement éloigné des sphères éducatives classiques. Nous disons logiquement au vu du dessein poursuivi.

Il y a dans cette approche, comme dissimulé et présenté comme une malédiction, les principes suivants : Ne fais pas de peinture, tu finiras peintre. Ou, pire, ne fais pas de sport, tu finiras sportif. Comme si, non seulement, pratiquer un art conduisait nécessairement à une carrière exclusive et, en plus, ne préparait pas à la vie professionnelle.

La réussite scolaire est perçue comme une preuve d’intelligence ; ce qui est sans doute vrai. Le problème est que ceux qui rencontrent des difficultés, voire des échecs, sont perçus, a contrario, comme des personnes peu intelligentes. Et pourtant, combien d’élèves ayant reçu une étiquette comme un fardeau – « Tu es nul. Tu es un bon à rien. Tu es incapable. Tu ne feras jamais rien de ta vie » –, sont devenus, à l’âge adulte et après avoir trouvé leur terrain d’expression, le petit génie de la cuisine ou de la chanson, pour reprendre des expressions qui barrent fréquemment la une des journaux.

Dans les faits, tout se passe comme si l’école continuait de former essentiellement des employés modèles et des professeurs. Les premiers sont faits pour rester dans le cadre. Les seconds sont faits pour que les jeunes générations, elles aussi, entrent dans le cadre. C’est une caricature, bien sûr, mais une caricature dit souvent quelque chose de la réalité.

Le paradoxe est d’autant plus grand que, jusqu’au siècle dernier, obtenir un diplôme signifiait souvent obtenir un travail. Et, à observer le nombre de personnes Bac+5 au chômage aujourd’hui, il faut croire que les choses ont bien changé.

Puisqu’une idée dans l’air du temps veut que 65% des métiers de demain n’existent pas encore, la créativité devraient avoir de beaux jours devant elle, même celles des adultes.

A ce propos, Picasso a dit : « Tous les enfants sont nés artistes. Le problème est de rester un artiste en grandissant ».

Matthieu&Laetitia

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