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Les temps modernes sont marqués par ce que les philosophes appellent l’instant pur. L’expression symbolise la primauté de l’instantanéité, qui sied à la société de consommation. Nous sommes dans l’air du buzz, du zapping, du tweet, où la pensée se limite à 140 caractères, de snapchat, où l’éternité s’étire jusqu’à 10 secondes. Il y a là, un emblème paroxystique de l’éphémère.

Le temps est donc un enjeu majeur de notre temps. Puisqu’il en est ainsi, essayons de mieux le comprendre, en nous replongeant dans l’univers des sages de l’Antiquité.

Les Grecs ont identifié trois types de temps. D’abord, il y a Chronos, du nom d’un dieu incarnant la destinée. Il désigne le temps chronologique, quantitatif et linéaire. C’est le temps du passé, du présent et du futur, de la seconde, de la minute ou de l’année.

Ensuite, il y a le temps Aiôn, du nom d’un dieu personnifiant les cycles.  Il ne possède aucune limite temporelle, à l’image du « Panta rei » d’Héraclite. Ce temps illustre le mouvement perpétuel de la respiration, des saisons ou des générations.

Enfin, il y a le temps Kairos, du nom de ce petit dieu aillé symbolisant l’opportunité qu’il faut saisir quand elle passe. C’est, par excellence, le temps des hypersensibles. A son contact, le zèbre se trouve comme un poisson dans l’eau. Ce temps est à sa mesure. A sa démesure. Le kairos ne se mesure pas, il se vit. Il fait l’éloge de l’impalpable, de l’irrationnel, de l’instinct, de l’évidence. C’est l’étincelle qui fait basculer la vie, du bon côté. C’est l’alignement des planètes. Le fruit est mûr. C’était trop tôt, ce sera trop tard, c’est maintenant. Pourquoi ? Parce que !

C’est le moment de tenter un coup en bourse, ou de faire sa déclaration d’amour. C’est le coup de foudre. Il y a dans cet instant toute une éternité d’amour. Une épopée se joue le temps d’une étincelle. L’essentiel d’une vie condensée dans un temps aussi long qu’un claquement de doigts.

Le kairos, c’est la magie qui opère, sans préavis ni anesthésie, à coeur ouvert. Ouvert sur l’inconnu, aux quatre vents qui balaient le champ des possibles.

Le kairos, c’est le pari gagné, le défi relevé, le vieux monstre vaincu. Le kairos, c’est le « money time », le temps qui compte. C’est le temps de la grâce.

Le kairos, c’est rompre avec la nostalgie du possible. C’est mettre fin aux utopies, aux rêves impossibles à incarner, ne se vivant que dans la tête. C’est sortir de soi pour poser un pied, puis faire un pas dans le réel.

La grande horloge du temps semble s’être arrêtée. Le sablier ne s’écoule plus. Le temps suspend son vol.

Le kairos fait écho à la si jolie phrase attribuée à Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ».

Matthieu&Laëtitia

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Kairos, ou le temps des zèbres

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