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Est-ce qu’elle/il vaut la peine que je prenne un risque pour elle/lui ?
Les deux premiers volets consacrés à la rencontre amoureuse étaient ouverts à tous les profils. Peut-être parce qu’ils portent en eux quelque chose d’universel. Peut-être que le premier pas nécessite une distinction, tant la sensibilité du zèbre apparaît hyperbolique.
Cette sensibilité est particulièrement ambivalente : elle peut à la fois être un moteur formidable, qui emporte tout, ou presque, sur son passage, mais aussi, dans certains cas ou pour certaines personnes, un frein redoutable qui interdit l’action.
L’un des risques de l’hypersensibilité est de retenir davantage, et parfois exclusivement, les zones d’ombre qui, en quelque sorte, éclipsent les coins d’azur.
Dès lors, le péché par simplisme nous guette, à la façon d’un brigand de grands chemins, prêt à bondir sur sa proie. Ce péché peut se résumer ainsi : c’est difficile, donc c’est improbable, donc c’est impossible, donc je ne tente pas, et mon inaction se trouve justifiée, légitimée, par une règle de calcul a priori en ma défaveur.
La raison du processus est relativement simple : l’hypersensibilité fait d’une écharde un poignard. N’omettons pas de préciser que, blessé, la tentation du repli sur soi n’est pas dénuée de logique. Se protéger peut permettre de survivre.
La question est alors de savoir si l’Autre vaut la peine que je me batte pour elle/lui. Pour les hommes, une solution est alors sans doute de se reconnecter avec l’âme d’aventurier intrépide qui sommeille, lovée dans le for intérieur. Pour vérifier son existence, peut-être vous suffit-il de vous remémorer vos rêves et vos jeux d’enfant : est-ce que je rêvais en grand et en couleur, ou en petit et en noir et blanc ? Lorsque je jouais aux gendarmes et aux voleurs, ne voulais-je pas endosser le rôle inconfortable de l’outsider, du personnage désavantagé ? La victoire est d’autant plus belle qu’elle est surprenante, qu’elle déjoue les pronostics. “A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire”, pour reprendre la formule que Corneille, dans Le Cid, met dans la bouche du Comte. L’improbabilité nourrit ma quête d’identité et de grandeur. Je combats, donc je suis.
Pour les femmes, l’enjeu est aussi d’écouter son coeur profond dans lequel sont présents le désir d’être belle pour un homme, le besoin d’être choisie et de faire partie d’une grande aventure : celle du couple, celle d’une vie, celle que son homme va lui proposer. La femme peut aussi avoir certaines peurs, comme des freins, qui sont à combattre, à l’intérieur, parfois, et à l’extérieur, dans la relation à l’homme. Ce dernier, qui est aussi – et surtout – le premier à nos yeux – ceux physiques et ceux du coeur -, fait alors partie du combat, et la victoire est assurée si la femme accepte et s’investit dans le « nous » en germe. En somme, la femme qui reçoit et accueille l’amour naissant, développe son identité féminine dans la relation à l’homme. Le couple est ainsi le lieu de l’épanouissement de l’un et de l’autre, grâce à l’équilibre et à la complémentarité qui existent entre l’homme et la femme.
Renouer avec les fils de son âme profonde tisse la trame d’un scénario comme un pont jeté entre ce que je suis et ce que je n’aurai jamais dû cesser d’être, entre ce que je suis, au fond, et ce que je dois être désormais totalement, dans les moindres parcelles de mon être.
L’idée, ici, n’est pas de se culpabiliser d’une éventuelle lâcheté, mais de comprendre que la pesanteur sociale m’a contraint à l’adaptation, voire à la suradaptation. L’idée n’est pas davantage de se déresponsabiliser, mais d’identifier des solutions me permettant d’être réellement et absolument moi-même.
Ce chemin est une aventure, pour ne pas dire, une folie. Mais, Saint Paul ne nous apprend-il pas que ce qui est folie pour l’homme est sagesse pour Dieu, et inversement ? Et, dans la folie, il y a probablement une part d’insouciance, pour ne pas dire de naïveté. Les grands inventeurs n’ont-ils pas tous, sans exception, cru indéfectiblement en leurs rêves d’enfant ? Les adultes, au sens des grandes personnes évoquées ironiquement par Antoine de Saint-Exupéry, prétendent qu’il faut être réaliste et sérieux. Or, c’est aussi, et peut-être surtout, en jouant que l’on apprend. Et, c’est parce que l’on a appris qu’on crée les conditions de la réussite future.
Il y a là le coeur battant du développement personnel.
Revenons un instant à la naïveté, par un détour cinématographico-littéraire.
« Des naïfs ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».
« Vas-y, fonce, oublie que t’as aucune chance. Sur un malentendu, ça peut marcher ».
D’Oscar Wilde aux Bronzés, osons le grand écart ; à ce propos, et pour rester dans l’univers de la rencontre amoureuse, ne dit-on pas, parfois, que les extrêmes s’attirent. D’Oscar Wilde aux Bronzés, donc, deux styles, mais une même réalité approchée.
Donc, en un certain sens, soyons tous, au moins l’espace d’un instant, un/une Michel/elle Blanc/che ! Un adage n’affirme-t-il pas qu’il est préférable de vivre avec des regrets que des remords ? Comme le dit si bien Charles Fourier : “On commence par dire : cela est impossible pour se dispenser de le tenter, et cela devient impossible, en effet, parce qu’on ne le tente pas”. Ainsi, le premier pas peut avoir quelque chose d’un grand écart entre notre aspiration profonde et ce que l’on se croit capable d’entreprendre.
Le passage du comment savoir au comment lui dire peut avoir quelque chose d’une épreuve. L’évidence ne rime pas nécessairement avec facilité. C’est l’ambivalence du risque et de la certitude, c’est la grâce en mouvement et le courage d’agir.
Reviens alors la question, comme dans un effet de boomerang : est-ce qu’elle/il vaut la peine que je prenne un risque pour elle/lui ?
En cas de réponse affirmative, l’impossible se brise sur le mur de notre vocation. L’impossible s’en trouve éparpillé par petits bouts, façon puzzle, pour écrire comme parle Bernard Blier.
L’impossible peut alors devenir possible.
Matthieu & Laëtitia
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Le premier pas et le grand saut

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